CultureBorn to Leave : plonger dans ses racines

Roxanne Lachapelle30 avril 20214 min

Le duo montréalais Wake Island sortira le 30 avril prochain son second album, Born to Leave. Chantées en français, en anglais et en arabe, les chansons se penchent entre autres sur l’immigration des chanteurs au Québec et sur la peur du changement. 

Tous deux d’origine libanaise, Phil Manasseh et Nadim Maghzal se sont rencontrés à l’Université McGill. Après avoir obtenu leur diplôme respectif, en économie et en biologie, les deux artistes ont choisi de consacrer leur vie à la musique. Pour Nadim Maghzal, qui a terminé son doctorat en 2013, faire carrière en musique a toujours été une évidence, mais pour Phil Manasseh, le choix a été un peu plus difficile. Au départ, il considérait poursuivre sa carrière en économie, avant de réaliser qu’il souhaitait sortir des normes sociétales qu’il sentait qu’on lui imposait. 

Ce n’est qu’en 2017 qu’est paruleur premier EP, Sentimental Animals. Dès la sortie de celui-ci, Wake Island a commencé à créer Born to Leave. La création de l’album de neuf chansons a été longue, la COVID-19 ayant fortement ralenti le processus.

« On fait de la musique qui est en grande partie électronique, mais qui conserve aussi nos racines de rock et nos racines culturelles libanaises. C’est un mix entre la techno, le rock et nos influences du Moyen-Orient », explique Phil Manasseh, le chanteur du groupe. Même si des sujets assez sérieux sont abordés, les morceaux sont entraînants et rythmés, ce qui crée un contraste intéressant entre la musique et ses paroles.

Choisir de chanter en plusieurs langues

« Il était très important pour nous que l’album soit en trois langues, parce que notre culture est comme ça depuis qu’on est jeune, au Liban », poursuit-il. Le changement de langue enrichit par ailleurs l’album et maintient l’attention du public, l’intriguant constamment avec une langue ou un angle nouveau. Si chanter en arabe est d’abord un choix afin que le groupe « s’affirme culturellement avec sa langue et ne s’en cache plus », Wake Island explique que cela lui permet également de joindre un public plus large, tout en offrant des perceptions différentes.

Ainsi, les paroles du morceau Daya3 passent de l’arabe à l’anglais, mais leur sens varie un peu selon la langue. « Ceux qui l’auront écoutée en arabe vont comprendre ça de façon très différente de ceux qui écoutent les paroles anglaises. On trouvait ça intéressant de parler de la même chose, mais de deux perspectives différentes », soulève Phil Manasseh. La partie en anglais parle du sentiment d’être perdu, tandis que celle en arabe traite du départ migratoire des deux musiciens. Les deux langues sont également opposées d’un point de vue musical : les passages en anglais sont chantés par Phil Manasseh, tandis que ceux en arabe sont slamés par Nadim Maghzal. 

L’immigration au coeur de leurs textes

Leurs origines et leur arrivée au Canada sont au centre de plusieurs de leurs textes. « On nous dit d’être sages, on nous dit pas pardon. On dirait qu’à notre âge, nos rêves s’effondrent », peut-on entendre dans le morceau Nouvelle Vague, qui rappelle la musique électro des années 80 et 90 et l’héritage moyen-oriental du duo avec des lignes de violon. Les paroles, très lourdes de sens, constituent d’ailleurs la force de leur album. « C’est par rapport aux immigrants, à qui on a causé beaucoup de tort. […] On dirait qu’il y a toujours une résistance politique à faire des excuses. On a deux choix : on dit ce qu’on pense ou on doit être sage et se conformer autant que possible pour s’effacer », révèle le chanteur.

Mais au-delà de la force des paroles en lien avec l’immigration, Wake Island réussit à toucher un large auditoire en ayant des textes qui se veulent universels. Le duo explique qu’au départ, Nouvelle Vague traitait surtout de l’importance de vivre ensemble, mais que depuis l’arrivée de la pandémie, un sens nouveau peut être attribué aux paroles. « Quand la COVID-19 est arrivée, tout le monde s’est renfermé dans son confort. On a ressenti un peu le même feeling en temps de COVID qu’on a ressenti en tant qu’immigrant. C’était vraiment cette idée de devoir tout réévaluer, faire face à un changement énorme », indique le groupe. 

L’album sera disponible le 30 avril prochain sur Bandcamp, SoundCloud et Spotify. Une version vinyle paraîtra possiblement par la suite.

Photo: gracieuseté

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