CultureLa fine fleur de l’art

Roxanne Lachapelle14 février 20214 min

La fête de la Saint-Valentin a été une source de réflexion sur le commerce des fleurs chez la jeune entreprise artistique Septembre Atelier : les cofondatrices Christina Martin et Amélie Gauthier expriment leur créativité et militent pour le droit des femmes par le biais de leurs fleurs, leurs bouquets devenant en quelque sorte des oeuvres d’art.

Initiée à la fleuristerie traditionnelle durant plusieurs années, Christina Martin, directrice artistique de l’entreprise Septembre Atelier, désire mettre en oeuvre son amour de l’art. À la suite de sa rencontre avec Amélie Gauthier, directrice administrative de l’entreprise, lors d’une session commune en arts visuels à l’UQAM, l’idée de fonder Septembre Atelier leur apparaît naturellement vers la fin de l’été 2020 : « Nous n’avons pas cherché à créer cette entreprise, l’idée est venue d’elle-même et on l’a prise », raconte Christina Martin.

Se rejoignant grâce à leur forte fibre artistique, elles créent différents arrangements floraux constitués de produits locaux. Bien qu’une partie des matériaux utilisés soient achetés, la cueillette est une partie importante de leur compagnie: « C’est notre petit moment durant lequel on tripe. On part dans un bois, sur un bord de route ou dans un champ et on ramasse […] on essaie vraiment beaucoup d’utiliser des matériaux qui sont là et disponibles », explique Amélie Gauthier.

Faire de la fleuristerie un art

Selon ses fondatrices, ce qui différencie Septembre Atelier de ses compétiteurs, c’est la démarche artistique. Même si le projet est enregistré comme entreprise de fleuristerie, le mandat de la compagnie dépasse largement celui de faire de simples bouquets de fleurs. Les deux artistes font part de leur souhait d’incorporer leurs fleurs dans différents projets créatifs, passant entre autres de la vidéo au théâtre.

Les deux femmes évoquent également le désir de « brasser les choses », se considérant comme avant-gardistes quant à leur façon de faire de la fleuristerie: « On souhaite être exposées dans les musées », affirme la directrice artistique.

L’arrivée de la Saint-Valentin a été source de questionnements, à savoir si elles devraient produire de nombreux bouquets à vendre. Cette décision aurait été monétairement bénéfique pour l’entreprise, mais elles ont néanmoins choisi de ne pas le faire, restant fidèles à leur vision artistique et d’authenticité. « On ne peut pas jouer avec notre démarche artistique et la traiter comme une marchandise. […] Pour nous, nos fleurs ne sont pas un produit, mais un médium », explique Christina Martin.

Des femmes et des fleurs

Septembre Atelier créera chaque semaine des bouquets inspirés de tableaux de femmes artistes. L’idée vient à la directrice artistique lorsqu’elle assiste en ligne au cours Elles font l’art du Centre Pompidou, en collaboration avec l’UQAM et le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire (Figura). Révoltée d’apprendre que 70% des étudiant(e)s en art sont des femmes, mais que 75% des artistes exposé(e)s dans les musées sont des hommes, le concept naît « de cette petite colère. »

Sensibles à l’art et à la place des femmes dans celui-ci, elles considèrent que leur projet peut être une façon de toucher les gens et de véhiculer un message:  « Notre but n’est pas de faire un produit, mais de s’inspirer, d’inspirer et de créer quelque chose que les gens vont plus apprécier qu’un bouquet de fleurs, en voyant entre autres le message qui vient avec, » explique Amélie Gauthier.

Elles dénoncent toutes les deux la violence verbale faite non seulement envers les femmes artistes, mais aussi envers les artistes qui sont mères, comme Christina Martin. La directrice artistique raconte qu’une artiste qu’elle connaît s’est fait dire par un commissaire, alors qu’elle est tombée enceinte: « c’est dommage, tu avais du talent. »

« Le rapport à la femme m’a toujours habité de façon omniprésente dans tous mes domaines d’études, mais prend enfin forme physiquement avec Septembre Atelier », lance avec fierté Christina. La compagnie devient pour ces artistes une manière à la fois de satisfaire leur créativité artistique tout en parvenant à véhiculer des messages engagés qui leur sont chers.

Mention photo : gracieuseté Septembre Atelier

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *