Élections 2019SociétéÉlections fédérales 2019 : les partis… verts ?

Un dossier sur l’écoblanchiment [3/3]

Le Bloc québécois, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert ont joué du coude pour montrer qui avait le programme le plus vert pendant toute la durée de la campagne électorale. C’est demain qu’ils pourront constater si leur efforts ont porté fruit.

Mesure phare du Bloc québécois, le parti veut imposer « la péréquation verte », soit la taxation sur le carbone uniquement pour les provinces qui ont une production de gaz à effets de serre (GES) par habitant plus élevée que la moyenne. « À un moment donné, il va falloir que ça coûte cher de polluer, et que ça rapporte gros de ne pas le faire », souligne la candidate du Bloc dans la circonscription de Repentigny, Monique Pauzé.

Selon le plus récent rapport datant de 2018 de la coalition d’organisations internationales sur le climat, Climate Transparency, le Canada produit en moyenne 22 tonnes de GES par année, soit le taux d’émission le plus élevé de tous les membres du G20.

La taxe carbone augmenterait à 200 dollars par tonne d’ici 2030 et l’argent récolté serait redistribué aux provinces ayant maintenu leur taux d’émissions sous la moyenne. C’est une bourse d’excellence verte qui déclencherait « une course à l’innovation », croit Mme Pauzé. Les provinces dites « plus vertes », comme le Québec, en seraient exemptées. La province serait avantagée par cette évaluation, entre autres grâce à sa production d’électricité hydroélectrique, selon la candidate du Bloc.

L’approvisionnement en électricité au Québec n’est pas irréprochable, selon la vice-doyenne à la recherche et professeure de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, Maya Jegen. « Des rivières ont été détruites et des dommages ont été causés sur la plan environnemental, rappelle-t-elle.Ce ne sont pas des GES, mais ce n’est pas anodin. »

Les transports révisés par le NPD

S’il est élu, le Nouveau Parti démocratique (NPD) versera 300 millions $ dans la relance du Fonds d’innovation pour l’automobile. Cet investissement encouragerait la fabrication de voitures sans émission, à condition d’obliger les fournisseurs et fournisseuses et les fabricants et fabricantes à maintenir les emplois reliés à la confection au Canada. Pour le chef adjoint du NPD, Alexandre Boulerice, il s’agit d’une « option plus verte qui peut aussi créer des emplois ». 

« Les voitures électriques peuvent être une mesure de transition, mais ce n’est pas une solution miracle. Il faut générer cette électricité » prévient toutefois Maya Jegen. L’électricité n’est pas produite de la même manière partout au pays. Dans certaines provinces, comme l’Alberta, elle est majoritairement produite à partir de combustibles fossiles.

Mme Jegen croit qu’il faut « investir massivement dans les transports publics ».  Pour sa part, le NPD promet l’investissement 5,8 millions $ dans le secteur des transports en commun. « Est-ce que l’électrification du transport privé est la solution? Non, c’est une des solutions, reconnaît M. Boulerice. […] Par contre, l’électrification du transport en commun n’est pas une solution dans plusieurs régions du Québec. »

Pendant ce temps au Parti vert

Le Parti vert souhaite que la totalité de l’électricité du Canada provienne de sources renouvelables et vertes d’ici 2030. Actuellement, la source la plus importante de production canadienne d’électricité est par le mouvement de l’eau (59,3%), suivie des combustibles fossiles (19,3%), selon Ressources naturelles Canada. 

Le Parti vert miserait sur la production d’électricité générée par des éoliennes et par l’énergie solaire, avance le candidat du Parti vert dans la circonscription d’Ahuntsic-Cartierville, Jean-Michel Lavarenne.

Le problème avec ce type de production d’électricité, c’est l’intermittence du vent ou du soleil et le problème de stockage, selon le professeur au Département des sciences de l’économie de l’UQAM Charles Séguin. « Avec la technologie actuelle, ce n’est pas concevable d’avoir un réseau de production d’électricité qui est 100% éolien ou solaire ou une combinaison des deux », tranche-t-il.

Afin d’assurer une transition énergétique, M. Lavarenne mentionne que son parti évaluera des moyens de production d’électricité alternatifs en donnant l’exemple de la biomasse.

« Idéalement, ça va prendre une meilleure interconnexion puisqu’en ce moment le Canada et les provinces sont surtout connectées avec les États-Unis plutôt qu’entre elles au niveau du transport d’électricité », explique le professeur en économie.

Pour régler le problème, le Parti vert souhaiterait couper l’enveloppe d’environ 10 milliards de dollars dédiée au projet du pipeline Trans Mountain afin de la réinvestir dans un meilleur système de partage de l’électricité entre les provinces.

Écoblanchiment: le bilan

Le Parti vert est-il le mieux placé pour répondre à l’urgence climatique? En dépit du fait que c’est le parti qui milite depuis le plus longtemps pour la protection de l’environnement et la lutte contre la pollution, les autres partis ont particulièrement mis à l’agenda ces enjeux au cours des présentes élections fédérales, observe Maya Jegen. Néanmoins, la lutte contre les changements climatique n’a jamais été au coeur des priorités des principaux partis politique et ces élections n’en font pas exception, selon elle. « C’est certain qu’un parti au pouvoir se comporte différemment d’un parti qui toujours plus marginal », affirme-t-elle.

 

photo: LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

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