CulturePartage en humour: à qui reviennent les rires?

Avatar Éliane Gosselin18 septembre 20193 min

Échanger, vendre ou même donner des blagues au profit des numéros de leurs collègues est une pratique courante chez les humoristes. Lumière sur un marché professionnel fort populaire au Québec, mais méconnu de ceux et celles qui n’y appartiennent pas. 

Les mentions publiques de cette pratique sont plutôt rares, mais elle n’est pas un secret pour autant. Les professionnels et professionnelles du milieu collaborent couramment à l’écriture de gags et à l’ajout de punchs aux numéros de leurs collègues. Martin Langlois, professeur en gestion de carrière à l’École nationale de l’humour,  affirme même que l’entraide « est une pratique encouragée à l’École nationale ».

« En rodage, il y a toujours trois ou quatre humoristes qui écoutent et à un moment donné en coulisse, ils vont dire leurs flashs sur le show qu’ils viennent de voir », précise M. Langlois. Charles Deschamps, humoriste, auteur et copropriétaire du Bordel Comédie Club, assiste fréquemment à cet échange en arrière-scène du Bordel. Ça devient alors « plus un don qu’un échange ou une revente », renchérit-il. « C’est rare de prendre une joke telle quelle et l’incorporer dans un numéro. D’habitude, c’est plus des échanges en brainstorm », indique l’humoriste Phil Roy. 

Des rires qui rapportent 

Les discours divergent toutefois lorsqu’il est question de la valeur d’une blague. Pour Martin Langlois, « en le disant [à l’humoriste], tu viens de lui donner le gag », et plus particulièrement quand il s’agit d’une idée sur laquelle l’humoriste n’a pas réellement travaillé. D’un autre côté, Charles Deschamps fait savoir que rares sont les humoristes célèbres qui donnent des punchs. La notoriété vient avec un prix pour chaque gag. 

Lorsqu’il s’agit d’une simple ligne lancée à la sortie d’un rodage, il est peu probable qu’un contrat s’ensuive. C’est le cas de l’humoriste François Tousignant qui, après avoir fait un numéro à la télévision, a fait don d’une de ses blagues à sa collègue Mariana Mazza, à la demande de celle-ci. Sans formellement signer de contrat, les deux humoristes ont trouvé un terrain d’entente, comme il est fréquent de le faire dans une telle situation.

Il peut aussi arriver qu’un ou une humoriste réputé(e) qui utilise le gag que son ou sa collègue lui a relayé dans un grand spectacle, comme lors d’un numéro au festival Juste pour rire, décide de verser un montant à la personne qui l’a aidé(e). « Quand ton numéro dure six minutes et qu’il rapporte gros, chaque blague vaut cher », explique M. Deschamps.

Si un cachet est parfois la norme, le paiement peut prendre différentes formes. « Ce n’est pas toujours de l’argent, des fois ça peut être un bon gag qui te permet de jouer dans deux spectacles à Juste pour rire, qui eux vont te rapporter de plusieurs façons », précise François Tousignant.  

Le gage de l’originalité

Ce partage d’idées en humour est perçu positivement dans le milieu en raison de sa grande popularité et son aspect amical. Les humoristes les « plus cools », selon François Tousignant, demeurent ceux et celles qui écrivent l’entièreté de leur matériel, tandis qu’un ou qu’une humoriste ne jouant que des textes écrits par des auteurs ou des auteures va davantage être perçu(e) comme un ou une interprète. « Si sur scène il y a du feu et ça rentre fort, on peut dire que la fin justifie les moyens », conclut François Tousignant.

photo: WILLIAM D’AVIGNON MONTRÉAL CAMPUS

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