CultureLa démarche artistique décortiquée dans la « Salle des maquettes »

Mayssa Ferah10 mars 20194 min

L’exposition Salle des maquettes, qui se déroule à la Galerie de l’UQAM, met en valeur le processus de création de 40 artistes provenant de partout dans le monde. La progression de ces pièces inédites, tirées de la collection d’oeuvres d’art de l’UQAM, est illustrée de façon tangible à l’aide de maquettes, d’ébauches et de carnets de notes.

La commissaire de l’exposition, Anne Philippon, se dit très enthousiaste quant à l’idée d’exposer la collection d’oeuvres d’art de l’UQAM, une initiative ayant vu le jour l’année dernière grâce au comité d’acquisition de la galerie.

« Nous avons décidé qu’il s’agissait d’un moment opportun pour exposer les acquisitions des dernières années. On s’est donné le défi de creuser dans la collection pour trouver des rapprochements naturels entre l’ensemble des oeuvres », mentionne-t-elle. Il est intéressant de voir ces oeuvres exposées, puisque certaines sont peu connues ou n’ont même jamais été présentées, selon elle.

L’exposition vise à mettre en lumière le travail minutieux dont font preuve plusieurs artistes conceptuels. C’est ce qui permet au public d’approfondir sa compréhension de l’oeuvre et de sa signification, pensent plusieurs artistes présents lors du vernissage tels que Thomas Corriveau et Raymond Lavoie.

Une judicieuse initiative

Pour un ou une artiste, exposer ses cahiers de notes ou ses esquisses est particulièrement valorisant et pertinent, souligne le professeur à l’École des médias de l’UQAM Thomas Corriveau.

Sa pièce intitulée Filature, une œuvre d’animation de grande envergure projetée sur une construction de plus d’un mètre carré, se retrouve de façon déconstruite au sein de l’exposition. On peut notamment y voir les nombreuses notes et esquisses de M. Corriveau, accompagnées de la maquette qui constitue l’œuvre.

Réalisée sur plusieurs années, Filature met en scène un personnage animé poursuivi par lui-même. Selon celui qui se spécialise en dessin et en animation, cette façon de faire permet au public de bénéficier de connaissances supplémentaires et même d’avoir l’impression de se situer dans les coulisses de la production d’une telle pièce.

« On pratique l’art avec certaines intentions, sauf qu’il arrive qu’on soit surpris, bousculé par certains éléments dans le processus de recherche et de création, explique-t-il. Le fait d’avoir devant les yeux la démarche d’un artiste démontre qu’il ne s’agit pas d’une ligne droite. »

La démarche au cœur de la créativité

C’est l’œuvre Salle des maquettes, de l’artiste conceptuel Raymond Lavoie, qui inspire et donne le ton à l’exposition. Constituée de 18 canevas de dimensions variées représentant des paysages et recouverts de peintures acryliques, la création doit être vue de près afin de percevoir visuellement les scènes.

Pour M. Lavoie, la démarche est au cœur de ses œuvres. « C’est intéressant de représenter les différentes étapes de la conception d’une oeuvre, car, à mes yeux, rien n’est jamais fini, précise-t-il. Je ne considère jamais mes pièces comme étant achevées et donc chaque étape de la démarche, chaque version de l’œuvre, est cruciale. »

L’artiste considère que pour le spectateur ou la spectatrice, avoir accès aux détails de la démarche d’un article peut contribuer à rendre l’explication du sens de l’oeuvre plus claire.

Il nuance toutefois son propos en indiquant « que ces informations, ces détails supplémentaires sur le parcours de l’œuvre peuvent aussi la complexifier et amener d’autres interrogations impossibles à aborder si on ne voit qu’une seule version de l’oeuvre ».

Certaines pièces le font de façon assez directe avec des traces précises de la préparation, tandis que d’autres se présentent davantage comme une modélisation, c’est-à-dire une conception sous forme de modèle de la démarche, mentionne Mme Philippon.

L’exposition, qui se tiendra jusqu’au 13 avril à la Galerie de l’UQAM, réussit son pari de démystifier le travail de recherche et de conception derrière l’art en plus de parvenir à prouver qu’une oeuvre est en constante mouvance, jusqu’au moment où elle arrive à un produit final.

L’évolution et le processus de réflexion derrière chaque oeuvre apportent une compréhension nouvelle du produit artistique pour le spectateur ou la spectatrice, une dimension nouvelle qui provoque un enrichissement du dialogue entre l’artiste et son public.

photo: LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *