CultureLaurence Godcharles, le visage derrière Lolita Trop Belle

Avatar Alexandre Pépin27 février 20194 min

Elle porte des lunettes fumées, respire l’assurance et s’exprime avec un faux accent parisien : Lolita, le personnage créé par la chanteuse du groupe Trop Belle Laurence Godcharles, perce peu à peu la scène culturelle montréalaise.

Fondé il y a environ deux ans lors d’une soirée arrosée, le légendaire groupe Trop Belle cumule les tournées cosmopolites et les plus grands prix. Un statut historique largement attribué à la présence de la chanteuse Lolita qui, avec ses cinq textes écrits sur le coin d’une table, offre l’occasion à ses « esclaves-musiciens » de performer en sa majestueuse présence.  

Encore à ses débuts, Trop Belle est un groupe de musique complètement ironique dont les membres incarnent des personnages aussi arrogants et imbus que leur musique.

Grâce à cette frappante satire, la troupe remplit les salles de leurs spectacles, à la grande surprise de leur reine Lolita. « Le 25 janvier [dernier], c’était vraiment fou, la salle [du Quai des brumes] était pleine. En même temps, on a eu tellement de pub, c’est comme irréel », affirme-t-elle, en avouant que l’ironie a un fort attrait marketing.

Absurde, ironique et satirique

Bête de scène authentique, Laurence Godcharles, rédactrice en chef du Montréal Campus en 2017, n’a pas eu à se dénaturer pour créer son personnage. Si la forte, assumée et sensuelle Lolita incarne son alter ego exponentiel, elle affirme qu’elle possédait déjà en elle ces traits caractériels.

Un énoncé appuyé par son ami et colocataire Tommy Bélisle, qui incarne pour sa part Trop Naze, le bassiste de Lolita. « Laurence est super impressionnante, c’est une “showgirl”. Évidemment, son personnage aide, mais en show les gens sont toujours surpris. Ils n’en reviennent pas qu’une fille ait autant de charisme. Ils veulent tous savoir d’où elle vient », explique celui pour qui c’est un honneur d’être l’esclave de Lolita.

Candide, Laurence Godcharles s’engageait préalablement dans un simple « trip de conneries » avec des amis musiciens, jusqu’à ce qu’elle soit prise à son propre jeu. La chanteuse, qui sait émettre ses opinions sous les couches moqueuses et aberrantes de ses textes, a vite réalisé que l’humour a une portée inestimable.

« L’ironie, à la base, c’est juste parce qu’on est vraiment stupide en général dans la vie. Puis, au final, on est contraint de réaliser que l’humour et l’ironie sont d’excellents moyens de véhiculer des messages », explique-t-elle, encore surprise de la portée de ses textes.

Bien plus qu’une blague

Dans son personnage de Lolita, Laurence Godcharles évoque une féministe extrême qui n’a pas sa langue dans sa poche. « Dans les shows, quand je dis qu’on connaît tous un gars qui a eu de la difficulté au lit, c’est drôle et tu vois que ça dégage une super belle solidarité féminine », dit celle qui adore entendre les réactions de son public.

« En faisant des blagues, on se permet d’alléger nos propos et de ne pas avoir l’air de revendicateurs frustrés, ça passe pas mal mieux », mentionne-t-elle stratégiquement.

Peu à peu, l’ironie de ses textes se manifeste comme une subtile et habile provocation. C’est une technique assumée chez Laurence Godcharles, qui suggère un certain retour du balancier social.

« En ce moment, tous nos standards sont tellement axés sur l’homme, que ce soit dans la pornographie, dans les chansons ou n’importe où. Lolita, elle arrive et elle se permet de provoquer », balance-t-elle en suggérant « de faire plaisir à la femme à la base. Comme Lolita qui se priorise dans sa vie privée et publique, c’est tellement un contre-standard actuel ! »

Laurence Godcharles justifie la création de son homologue Lolita en raison des répercussions d’être associée à un tel personnage. La chanteuse a vite réalisé que ce n’est pas tout le monde qui consomme l’humour avec un grain de sel. « L’ironie, c’est beaucoup plus maitrisé par notre génération et ça paraît », souligne-t-elle.

Pour remédier à la situation, la chanteuse entrevoit se créer un nouveau personnage prénommé Lola qui, aux accents de la pop française, incarnera le juste milieu entre Lolita et Laurence.

D’ici là, Lolita poursuit son objectif de redéfinir les standards qui encadrent la condition féminine alors que Laurence Godcharles, quant à elle, souhaite que chaque femme découvre sa propre Lolita, soit sa propre façon d’être belle et sensuelle.

photo: CAMILLE LORTIE MONTRÉAL CAMPUS

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