SociétéTous les chemins mènent à Berri-de Montigny

Avatar Jean-Michel Clermont-Goulet26 décembre 20184 min

Avec ses 68 stations et ses quelques 367 millions d’utilisateurs et d’utilisatrices par an, le métro de Montréal est l’un des réseaux de transport les plus achalandés en Amérique du Nord. Parmi ces stations, une seule se démarque par son immensité et son achalandage, plus de 50 ans après sa création : Berri-UQAM.

14 octobre 1966. Après une promesse électorale tenue et quatre ans de construction, le maire Jean Drapeau inaugure le métro de Montréal et ses vingt stations réparties sur deux lignes : la orange et la verte. Le tout se déroule au centre névralgique du réseau, Berri-de Montigny, en compagnie du cardinal de la ville, Paul-Émile Léger, et du premier ministre de l’époque, Daniel Johnson.

La station, qui s’est depuis affublée du nom de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), s’appelait ainsi en référence à l’intersection sur laquelle s’était installée la station en forme de croix sur trois étages, la rue Berri et la rue de Montigny. Cette dernière est devenue le boulevard De Maisonneuve moins d’un mois après l’inauguration.

Après de Montigny, vient UQAM

C’est le 1er janvier 1988 que le nom de l’UQAM se tient aux côtés de Berri pour la première fois. « Il faut dire que la station portait un nom désuet », lance le conseiller en affaires publiques et « autoproclamé historien » de la Société de transport de Montréal (STM), Benoit Clairoux.

Le changement voit le jour à la suite de l’arrivée de la station Université-de-Montréal, lors du prolongement de la ligne bleue au début des années 1980. À l’époque, seule l’Université McGill a sa station. Au même moment que l’UQAM, la station Guy ajoute Concordia à son nom.

L’implantation d’une station de métro en plein cœur du Quartier latin était calculée, affirme M. Clairoux. « Il y avait une volonté de l’administration municipale Drapeau-Saulnier de l’époque d’ériger un deuxième centre-ville dans l’est », dit-il.

Concernant l’arrivée des pavillons Judith-Jasmin (J) et Hubert-Aquin (A) de l’université, il était question « d’assurer un accès facile » aux étudiants de « l’Université du peuple », d’après Benoit Clairoux.

En 2014, une enquête de mobilité réalisée par le Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM auprès des étudiants, étudiantes, employés et employées de l’université démontrait qu’une « forte proportion de la population uqamienne » utilise le métro. Parmi les 4182 personnes sondées, 58 % ont déclaré « toujours » utiliser le métro.

Selon les chiffres fournis par la STM, plus de 12 millions d’entrées ont été répertoriées à Berri-UQAM en 2017. Elle est devenue officiellement la station la plus achalandée du réseau en 2011, en atteignant les 11 millions d’entrées, surpassant ainsi la station McGill, qui trônait au sommet depuis son ouverture. « Je ne serais pas surpris que le record soit battu cette année, puisque [la station] Beaudry est fermée pour un petit bout », confie M. Clairoux.

Un campus urbain

La titulaire de la Chaire de recherche-innovation en stratégies intégrées transport-urbanisme (In.SITU) de l’UQAM, Florence Junca-Adenot, précise qu’au moment de sa création, l’administration de l’université voulait être près de la population en installant ses projets de pavillons au-dessus de la station de correspondance.

« Nous voulions, à l’époque, être un campus urbain, ouvert sur le milieu, affirme celle qui est derrière la construction des pavillons uqamiens situés à Berri-UQAM, le A et le J, entre autres. On ne voulait pas que les étudiants et les employés y accèdent en voiture. C’était stratégique. » Ils ont alors décidé de limiter les places de stationnement construites.

Plusieurs croyaient qu’en implantant des campus au-dessus de la station, le trafic dans le métro augmenterait. Au contraire, « nous avons déplacé nos heures de début de cours à 9h30, et c’est la même chose pour les heures de cours en fin de journée, remarque-t-elle. Pendant assez longtemps, le tout a fonctionné. » En revanche, elle confirme que depuis quelque temps, en raison de l’augmentation de la clientèle dans le métro, la congestion prend de l’ampleur.

« Il y a toujours eu du monde à Berri, dit-elle, mais ça circulait relativement bien. La congestion a surtout accru depuis les cinq dernières années. »

Alors que les projets de transports se multiplient à Montréal, avec les projets de ligne rose et de revitalisation de la rue Notre-Dame, la station Berri-UQAM pourrait donc voir son achalandage réduit dans les prochaines années.

photo: ARCHIVES SOCIÉTÉ DE TRANSPORT DE MONTRÉAL (STM)

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