À la uneCultureLes artisans de la métamorphose

Avatar Léa Martin4 mars 20184 min

Dans le monde du théâtre, la critique souligne le travail des acteurs, du metteur en scène ou du dramaturge. Il n’est pourtant presque jamais question des maquilleurs, ces artisans du pinceau sans qui la magie du théâtre ne pourrait s’opérer.

Le dramaturge allemand Heiner Müller disait : « L’élément du théâtre est la métamorphose. » Même si la transformation d’un acteur vers son personnage se fait dans son jeu et sa gestuelle, c’est sa métamorphose physique qui dupe le public. Pour ce faire, l’acteur a besoin de l’aide d’artisans qui travaillent en coulisses pour accentuer ses traits, ses émotions et ses expressions faciales sous les projecteurs.

« Il faut comprendre la pièce, comprendre le personnage, comprendre ses traits de personnalité, explique la maquilleuse et coiffeuse au théâtre depuis maintenant quinze ans, Amélie Bruneau-Longpré. Il faut rendre justice à chaque personnage, que ce soit le personnage principal ou les personnages secondaires. »

L’artiste maquilleuse, qui travaille présentement à la conception des maquillages et des coiffures pour la pièce L’Homme éléphant, présentée au Théâtre du Rideau Vert, a aussi apporté sa touche à des productions comme Cyrano de Bergerac. Cette pièce, qui met en vedette un personnage au nez proéminent, présentait des défis de taille.

« Il fallait trouver la colle qui allait gagner la bataille contre la sueur, le stress et, au-delà de ça, toutes les répliques que Patrice [Robitaille] avait à dire », indique-t-elle avec le sourire. Selon elle, outre trouver la bonne colle, le défi était d’assurer au comédien qu’il serait en mesure de poser son nez lui-même lors de chaque représentation.

Au coeur de la création

Dans le processus de création d’une pièce, la maquilleuse assiste aux réunions de production avec tout le reste de l’équipe de conception. « C’est le metteur en scène qui nous donne vraiment le ton. Il m’est arrivé de monter des shows qui ont été écrits à l’époque de Molière, mais qu’on montait dans un look des années 50 », explique Mme Bruneau-Longpré. Elle lit aussi le texte de la pièce pour s’imprégner des personnages.

Par la suite, la maquilleuse et le costumier travaillent de concert à l’élaboration des artifices, mais c’est lors de l’entrée en salle, quand les acteurs répètent au théâtre, que tous les artisans voient le résultat de leur travail. « Être en mesure [de contrebalancer] les lumières super fortes braquées directement sur les acteurs est l’un de mes plus gros défis », explique Amélie Bruneau-Longpré.

Une à deux semaines avant la première, les dernières retouches sont apportées à la conception du spectacle et la maquilleuse rencontre chaque acteur pour lui apprendre comment effectuer sa propre transformation.

« Pour moi, [me maquiller] est un genre de rituel dans ma loge avant que le spectacle commence », explique l’acteur Benoît McGinnis qui interprétera, jusqu’en mars prochain, le rôle de l’homme éléphant dans la pièce mise en scène par Jean Leclerc. « Je sais que j’ai un maquillage à faire et ça m’aide à faire la transformation vers mon personnage », renchérit-il.

Un métier humain

Après 40 ans de métier et plus de 25 ans de collaboration avec le Cirque du Soleil, la maquilleuse Nathalie Gagné connaît ce milieu comme le fond de sa poche. Pour cette passionnée du maquillage, qui a aussi oeuvré au théâtre, la beauté du métier réside dans les liens qui se créent entre les acrobates, les acteurs et le maquilleur.

« Tout ce travail, on le fait pour eux, affirme-t-elle. C’est à nous de leur expliquer que c’est une clé pour leur permettre de devenir quelqu’un d’autre sur scène et d’être capables de toucher les gens dans la salle. »

Une fois qu’elle a bien montré sa démarche aux acteurs qui performeront sur scène, ces derniers arriveront à adapter le concept du maquillage afin de mettre en valeur leur personnage. « J’aime beaucoup cette étape du travail et je trouve que [les maquilleurs] sont des êtres sensibles », dit l’acteur Benoît McGinnis.

Selon lui, il peut être délicat pour les maquilleurs d’arriver aussi tardivement dans le processus de métamorphose des acteurs et de les aider à composer avec le stress de la première. « Ce sont toujours des gens super ouverts et ça se passe très bien », témoigne-t-il.

Nathalie Gagné estime que le métier de maquilleur en est un de rencontres. « Quand on travaille en maquillage, on entre dans l’intimité des artistes et on crée des liens assez proches, indique-t-elle. C’est toujours une belle aventure. »

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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