À la uneCultureMichelle Bui: une piscine de talent

Avatar Jean-Michel Clermont-Goulet4 février 20186 min

Michelle Bui fait son entrée à la Galerie de l’UQAM, vêtue de petite bottes courtes en cuir noir, de jeans bleu et d’un manteau style paletot. Là se tient une artiste aux inspirations diverses qui a déposé son mémoire en lien avec son exposition Pool of Plenty pour compléter sa maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM.

Michelle Bui est diplômée en peinture et en dessin de l’Université Concordia. L’an dernier, elle a traversé l’Atlantique pour se rendre en Côte d’Ivoire afin de représenter la relève canadienne en photographie aux Jeux de la Francophonie. Toujours en 2017, elle a poursuivi ses recherches sur le croisement entre la sculpture et la photographie à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

Les œuvres de Michelle Bui, desquelles émane une certaine intimité, se démarquent par leur esthétisme, leur expressionnisme et leur aspect matériel. Elle s’est donc portée volontaire pour décrire au Montréal Campus trois de ses œuvres présentées à la Galerie de l’UQAM.

L’exposition Pool of Plenty

«J’aimais bien l’idée de la piscine, raconte Mme Buy. Une plongée dans un monde hyper coloré et rafraîchissant, mais épeurant du même coup. Épeurant comme un premier plongeon, ajoute-t-elle. C’est sur cette ligne que je voulais jouer».

Mme Bui se dévoile avec Pool of Plenty, qui signifie «abondance» en anglais. L’exposition présente des photographies et des sculptures toutes aussi originales les unes que les autres.

L’artiste d’origine vietnamienne s’intéresse à la relation entre la culture et le commerce. Ses œuvres renferment des objets de tous les jours, allant d’ornements en forme de poire à une éponge et un gant en plastique. Pour la finissante à la maîtrise en arts visuels et médiatiques, «les objets accumulés et consommés, tant par un individu que par une société, véhiculent énormément d’informations liées à notre identité».

Fluffing et Parlor Altar

«Je me tourne souvent vers des titres en anglais. Le terme fluffing réfère à un geste que tu fais pour embellir quelque chose. J’ai trouvé le titre après avoir réalisé [l’œuvre], affirme-t-elle en souriant. J’aimais bien l’idée de ce verbe qui renvoie à l’idée du placement. Comme la nature morte, tout est basé sur le placement des objets.»

En montrant du doigt la photographie à la droite de Fluffing, Parlor Altar, Michelle Bui explique qu’elles forment une sorte de paire. Les deux images représentent la nostalgie des années 50, avec l’utilisation de la cigarette, entre autres, «qui est quelque chose de super consommé, mais désuet».

L’artiste ajoute que le terme fluffing est ce qui émane le plus de ses albums de famille qui lui ont été légués. Mme Bui évoque les nombreuses photos d’autels, altar en anglais. «L’autel est un lieu de recueillement dans la culture bouddhiste», affirme l’étudiante. Ça a marqué mon imaginaire, surtout en raison des couleurs délavées [des images tirées] des kodaks des années 70».

Parmi les dix œuvres présentées, ces deux images sont «vraiment plus ambiguës», avoue Mme Bui. La finissante à la maîtrise confie d’ailleurs qu’elle a hésité à exposer Parlor Altar en raison de son aspect repoussant et «moins léché que les autres» œuvres.

Pour ces photos-ci, l’artiste s’est inspirée de natures mortes japonaises caractérisées par un jeu de perspective où «l’espace est très restreint entre les objets et l’arrière-plan».

Happy like Doris Day

Doris Day était une actrice des années 50, une diva blonde qui avait toujours un grand sourire accroché aux lèvres.

«Je pense que cette femme représente un optimisme qui est à la limite du crédible», croit Michelle Bui. La candidate à la maîtrise nous démontre à travers cette pièce qu’on ne peut pas constamment afficher un sourire comme celui-ci. «L’idée était de présenter des abats, des intestins, notre intérieur et de l’embellir avec des fleurs comme tentative de cacher quelque chose qui est pourtant là».

L’ensemble représente le sourire et l’optimisme de Doris Day. «C’est l’une de mes images préférées et l’une des premières que j’ai réalisée pour l’exposition. Elle a vraiment donné une direction au reste des œuvres», affirme Mme Bui.

D’un autre angle

Ianick Raymond, artiste, ami et collègue de Michelle Bui affirme qu’il est agréablement surpris par Pool of Plenty. En référant à Fluffy et Parlor Altar, M. Raymond mentionne qu’il y a, selon lui, une «représentativité, voire une autoreprésentation» de la société dans ces œuvres au grand format de style publicitaire.

Ayant lui-même côtoyé sa collègue lors de la maîtrise en arts visuels et médiatiques, Ianick Raymond comprend l’immensité du projet. «Je trouve que ce n’est pas évident de surprendre, car les gens t’ont suivi et t’ont vu progresser, dit-il. Michelle est parvenue à créer quelque chose de nouveau grâce à un aboutissement de recherches.»

Pour cette exposition, Michelle Bui désirait mettre en valeur les éléments fondamentaux de sa pratique. C’est pour cette raison qu’elle a opté pour des vinyles autocollants, sur lesquels sont imprimées ses photographies. Une fois l’exposition terminée, les œuvres seront probablement jetées à la poubelle. «L’idée du vinyle, c’est que c’est remplaçable. Comme les éléments qui y sont représentés», explique l’artiste.

L’exposition Pool of Plenty de Michelle Bui est présentée à la Galerie de l’UQAM jusqu’au 3 mars prochain.

photo : MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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