À la uneCulturePartir et disparaître

Avatar Marie-Anne Audet3 octobre 20173 min

Il ne suffit que d’une étincelle pour consumer l’histoire d’une vie. C’est ce qu’exprime la plume épurée de l’auteur norvégien Arne Lygre à travers la pièce Je disparais, où l’on prend le pouls d’une catastrophe qui vient briser l’âme humaine. Mise en scène par Catherine Vidal, la pièce présentée au Théâtre Prospero plonge le spectateur dans un monde où les points de repères sont réduits en cendres.

Dans un pays fictif, une tragédie inconnue vient bouleverser le quotidien de Moi, de Mon amie, de La fille de mon amie, de Mon mari et d’Une femme inconnue en les arrachant à leur maison et à tout ce qu’ils connaissent. « L’auteur nous offre vraiment un casse-tête. Les informations arrivent petit à petit et elles viennent provoquer un inconfort chez les spectateurs », explique Catherine Vidal, qui était la professeure invitée de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM l’an dernier.

Cet événement provoque une brisure identitaire profonde qui poussera les personnages à jouer à d’étranges jeux de rôles afin de repousser les limites de leur empathie. Arne Lygre en profite pour écorcher les valeurs de son public en les confrontant à des scènes d’une grande violence psychologique. Ces images restent en tête longtemps après la pièce.

Les choix audacieux de la metteuse en scène entraînent l’effondrement du quatrième mur entre les spectateurs et les protagonistes. Le public a été surpris de voir les comédiens s’asseoir et se déplacer dans l’assistance. Ce genre de démarche permet d’humaniser les personnages. La salle, faite en tri frontal, encercle les acteurs pour créer une expérience intime. Grâce à un décor minimaliste composé d’éclairages et de quelques chaises, l’interprétation magistrale des acteurs chevronnés est mis à l’avant plan. « Cette pièce m’a apporté une nouvelle façon de faire de la dramaturgie, dit la metteuse en scène Catherine Vidal. Comme le texte ne venait avec aucune indication de mise en scène, j’ai dû prendre des décisions radicales pour bien représenter son esprit. »  

Les thématiques du deuil, de l’empathie, de l’identité et de la mort occupent une grande place dans l’univers d’Arne Lygre. Les personnages apprennent à vivre des situations très difficiles en se mettant dans la peau d’autres individus, ce qui les aide, temporairement, à tenir le coup lors de leur périple. « Lors de la première lecture de la pièce, ces thèmes m’ont poussée à réfléchir sur les façons de réagir face à des événements comme ceux-là. C’est ce sentiment que j’avais envie de transmettre au public », affirme Mme Vidal. De plus, le français québécois du texte ajoute une touche au spectre identitaire en permettant au public montréalais de s’identifier de manière très forte aux personnages.

« Il est facile de faire des liens entre la réalité des personnages dans le récit et ce qui se passe partout dans le monde », raconte la metteuse en scène. En effet, le spectateur ne peut s’empêcher d’associer l’action de la pièce avec des événements récents, comme le calvaire des milliers de réfugiés syriens contraints de quitter tout ce qu’ils connaissaient pour s’immiscer dans une culture à laquelle ils n’appartiennent pas.

Je disparais immole les âmes pour faire éclore les bourgeons d’une réflexion qui alimente l’expérience humaine. Elle initie également les curieux à un nouveau mode de mise en scène qui les sortira assurément de leur zone de confort. Elle sera jouée au Théâtre Prospero jusqu’au 21 octobre.

 

photo: MATTHEW FOURNIER 

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