À la uneCultureDessiner la parité

Thomas Dufour Thomas Dufour3 mai 20173 min

Sept femmes ont remporté la totalité des prix remis lors du huitième concours interuniversitaire de bande dessinée qui a eu lieu le 6 avril dernier à l’Université de Montréal (UdeM). Si les femmes bédéistes sont de plus en plus présentes au Québec, la parité est encore loin d’être atteinte.    

« De mémoire, je pense que ça doit être la première fois que ce sont sept femmes qui gagnent », indique Dominic Poulin, coordonnateur aux arts de la scène et aux activités culturelles à l’UdeM et responsable du concours interuniversitaire de photos et de BD.

Dans le cadre de la compétition, 60 bandes dessinées ont été envoyées par des étudiants de dix universités au Québec. La participation était majoritairement féminine pour cette 8e édition. « On a calculé que c’était 75 % de femmes et 25 % d’hommes pour cette année », explique monsieur Poulin.

Ces statistiques ne sont toutefois pas représentatives du marché québécois. En 2014, seulement 10 % des albums publiés par les maisons d’édition québécoises La Pastèque et Les 400 coups étaient l’oeuvre de femmes, selon un article publié par les Presses de l’Université Laval en 2014.

« La plupart des BD que j’ai lues étaient créées par des hommes. J’ai quand même lu des BD faites par des femmes, mais peut-être qu’il y a de la place à l’amélioration », explique Jemima Baptiste, gagnante d’une mention pour sa BD Autoportrait.

« Je pense que dans toute la communauté, pas juste en BD, les femmes prennent de plus en plus de place », s’enquiert Charlotte Préville, gagnante d’une mention pour sa BD Cheese. « En art visuel on le voit dans les cours : en ce moment on est huit dans ma cohorte et il y a un seul garçon », illustre-t-elle.

L’implication plus importante des femmes bédéistes dans les dernières années permettrait de varier l’offre, selon Sandrine Bourget-Lapointe, libraire spécialisée en bande dessinée à la librairie féministe l’Euguélionne. « Si c’est seulement des hommes blancs qui publient de la BD, ça tourne un peu en rond […]. Avoir une diversité de subjectivités et d’expériences amène définitivement quelque chose », observe l’étudiante à la maîtrise en études littéraires avec une concentration en études féministes.

Jemima Baptiste abonde aussi en ce sens. « Il faudrait chercher la diversité dans les personnalités des femmes et les mettre de l’avant [dans les BD] », croit la bédéiste de 19 ans.

L’auteur comme personnage

Le thème du concours était « Autoportrait ». C’est pourquoi la plupart des récits présentés par les lauréates étaient axés sur leurs expériences personnelles. « Dans ma BD ce n’était pas moi que je dessinais, mais j’aime ça dessiner des femmes de couleur, de mon âge et qui me ressemblent », exprime Jemima Baptiste.

Cette approche orientée vers l’expérience du bédéiste permettrait de se tenir loin des stéréotypes de genre selon Laurent Boutin, libraire chez Planète BD. « Le milieu de l’édition de la bande dessinée au Québec s’intéresse davantage aux albums indépendants et autobiographiques. Il est donc plus homogène. C’est moins genré et plus universel », remarque celui qui se spécialise dans le neuvième art.

Si la parité n’est pas encore atteinte chez les auteurs, le lectorat, quant à lui, est mieux équilibré. « Dans les nouveaux lecteurs, c’est du 50-50, hommes femmes », souligne monsieur Boutin. « On a aussi les vieux lecteurs et les collectionneurs qui sont majoritairement masculins », nuance le libraire.

Son collègue, Nicolas Robinson, met quant à lui de l’avant le travail de pionnières de la bande dessinée québécoise. « Julie Doucet était vraiment précurseure. Elle faisait des choses incroyables dans les années 90. Elle a vraiment marqué une époque et une façon de faire », remarque-t-il.

La production féminine de BD reste importante dans le paysage de la bande dessinée québécoise, croit Sandrine Bourget-Lapointe. « Il y a vraiment une belle production de la part des femmes et des féministes au Québec », conclut-elle.

Photo:THOMAS DUFOUR MONTRÉAL CAMPUS

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