À la uneCultureAngle mort : un appel au mouvement

Gabriel Bernier Gabriel Bernier18 janvier 20173 min

Avec son exposition Angle mort, présentée à la Galerie de l’UQAM, Jonathan Plante remet brillamment en question le caractère fixe et intemporel de l’image. À travers des toiles et des impressions sérigraphiques, le finissant à la maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM prouve que les images, au contraire, sont soumises au mouvement.

Antidote 10

L’expérience débute dès l’entrée dans la salle d’exposition, qui se fait par une mince ouverture dans le mur. Le spectateur se retrouve alors cloîtré entre quatre murs d’une blancheur immaculée, devant une poignée d’œuvres, sous l’éclairage froid des néons fixés au plafond.

Déjà, l’espace clos confronte le regard du spectateur. Et ce n’est pas un hasard : pour Plante, c’est d’abord le regard du spectateur qui doit être mis en scène.

Selon l’angle de vision du spectateur, les images apparaissent, disparaissent et se transforment fugacement. Quelques pas à droite, quelques pas à gauche, et les œuvres abstraites, qui rappellent l’art optique, changent soudainement de forme, de couleur, d’identité. Jonathan Plante laisse la liberté au public de se déplacer, mais aussi de se faire déjouer par les illusions d’optique.

Pour Jonathan Plante, l’angle mort, « c’est l’écart créé par la mise en mouvement de l’image ». Cette réflexion maîtresse guide notamment l’artiste dans la toile Dance me, où les tons de gris et de noir s’entremêlent dans une chorégraphie improvisée, selon la position du spectateur. Plante transpose ses impressions expérimentales sur des supports lenticulaires, qui donnent l’impression que les toiles se transforment constamment.

Dans une autre œuvre, qui semble à première vue totalement opaque, une inscription apparaît, lentement mais sûrement, selon le mouvement du public. Sound end, peut-on déchiffrer, non sans difficulté. C’est bien simple : celui qui reste immobile devant le tableau n’a pas accès à la clé de l’œuvre.

C’est la preuve qu’une œuvre d’art, visiblement figée dans le temps, n’échappe pas à la temporalité, à l’évolution, à la transformation par la mise en mouvement du public. Et c’est ce qui fait tout le génie de Jonathan Plante, qui parvient à bouleverser les notions de stabilité propres à l’art classique.

Au fond, le finissant à la maîtrise est rongé par un questionnement fondamental : comment penser le statut de l’image « dans une société où l’attention est constamment sollicitée par le mouvement »? Dans un monde où l’instantanéité fait foi de tout, l’humain est effectivement appelé à se déplacer sans cesse pour être à la hauteur de sa routine éreintante.

Sans donner raison à l’empressement du quotidien, Jonathan Plante exprime la vivacité des images, leur offrant, du même coup, la capacité de se transformer par elles-mêmes. Avec Angle mort, Plante joint sa voix à cette nouvelle génération d’artistes contemporains, pour qui une œuvre d’art n’est pas complète sans l’implication volontaire du corps du spectateur.  

L’artiste montréalais présentera cette année une exposition à l’Œil de Poisson, à Québec. Ses œuvres font d’ailleurs partie des collections privées et publiques du Musée d’art contemporain de Montréal et du Musée national des beaux-arts du Québec.

 

4,5 / 5

L’exposition Angle mort de Jonathan Plante est présentée jusqu’au 18 février à la Galerie de l’UQAM.

Photo: CATHERINE LEGAULT MONTRÉAL CAMPUS

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