À la uneCultureUne heure au purgatoire

Avatar Camille Pednault-Parent28 février 20163 min

Commettre l’irréparable et en revenir est une démarche laborieuse. C’est ce qu’explore Serge Boucher dans sa toute dernière création, Après, présentée au Théâtre d’Aujourd’hui.

Antidote 10

Pendant l’heure et demie de la représentation, la pièce appelle le spectateur à faire une introspection de ses préjugés. La prémisse du spectacle se veut un huis clos entre une infirmière d’hôpital psychiatrique et un homme qui vient d’assassiner ses deux enfants. Cette histoire d’horreur vous rappelle quelque chose ?

Patrick (Étienne Pilon) a commis l’irréparable et tente de s’en sortir. Il passe son séjour dans sa chambre d’hôpital avec une sorte de volonté de se repentir, mais la haine qu’il éprouve envers son ex-femme est trop forte. Sa chambre devient le milieu entre son ancienne liberté et sa nouvelle captivité, l’entre-deux, son purgatoire.

Le sujet fort en émotions est traité avec justesse. Tout transite par l’infirmière (Maude Guérin), qui petit à petit apprivoise son patient et l’idée d’avoir à le traiter. On remarque dans son attitude le regard de l’opinion publique et celui des médias. Il lui est bien humain de lui en vouloir, même si elle ne sait rien du meurtrier. Ce regard, elle le délaissera toutefois en apprenant à le connaître et en se donnant une chance de le comprendre.

La mise en scène de René Richard Cyr est assez particulière. L’éclairage y joue un rôle clé, un rôle habituellement rempli par la musique, qui est inexistante. Effectivement, c’est l’éclairage qui découpe les scènes du spectacle. La lumière qui plombe sur la chambre d’hôpital s’ouvre et se ferme continuellement au cours du spectacle pour séparer les différentes interactions.

Cet effet a malheureusement fait échapper plusieurs soupirs au public. Il est vrai que ce détail technique pouvait être répétitif. Surtout qu’à certains moments, la lumière semblait nous faire manquer des confrontations entre les deux protagonistes. Bien souvent, l’éclairage baissait sur un point d’interrogation, une sorte de «la réponse, après la pause» qui ne venait jamais.

C’est une pratique qui est plus familière à la télévision. Les non-dits sont fréquents au petit écran, mais provoquent un sentiment de manque d’information au théâtre. Cet effet de style est sans doute dû aux derniers projets de Serge Boucher, Aveux et Apparences à Radio-Canada.

Seul dans les ténèbres

Dans une séquence chargée en émotions, René Richard Cyr a démontré tout le pouvoir des mots et de la noirceur. Plongé dans l’obscurité, le cerveau se laisse porter par l’imagination et par une imagerie qui lui est bien personnelle. Entendre le récit d’un drame familial dans le noir glace le sang. Une pratique théâtrale très peu exploitée, mais qui provoque chez le spectateur un réel effet coup-de-poing.

Aller voir Après, c’est se donner un aperçu de ce qu’ont vécu les jurés du procès de Guy Turcotte. On connait le coupable, on connait le résultat, mais le pourquoi est trop flou. C’est lui donner une chance de s’expliquer. Lui pardonner reste encore difficile, voire impossible, mais tenter de le comprendre est tout simplement humain.

Après est présenté au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 13 mars.

Photo : Ulysse Del Drago

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *