À la uneCultureBeauregard et Bloom, comme des pansements pour l’âme

Gabriel Parent-Jutras18 novembre 20154 min

Guillaume Beauregard avait du pain sur la planche samedi soir dernier. Il devait réchauffer la salle de l’Astral pour Mara Tremblay, il devait défendre les pièces de son premier effort solo D’étoiles, de pluie et de cendres, mais surtout, il devait résoudre un dilemme moral: divertir et faire fi de la tragédie des attentats de Paris, ou assumer les dommages collatéraux des événements de la veille. Il n’y a pas une pièce des Vulgaires Machins, premier groupe de Beauregard, qui s’intitule justement Dommage collatéral?

Il est resté fidèle à lui-même. Il ne s’est pas défilé devant l’ampleur du drame, a gardé le cap et a démontré une grande maîtrise quant à son rôle de showman. Il a livré une performance digne des grands noms de la «nouvelle» scène musicale québécoise. Ayant opté pour une formule réduite, en trio, il a tout de même réussi à faire passer l’émotion comme si un groupe complet l’appuyait. Cependant, il est vrai que quelques chansons, dont Cadeau du ciel et surtout De pluie et de cendres, gagnent à être jouées par une section rythmique en bonne et due forme. L’absence de batterie et basse empêche ces pièces de vraiment atteindre toute leur puissance.

Depuis le lancement de l’album, son effectif a beaucoup changé. Il compte maintenant sur Manuel Gasse à la guitare lead et aux apports rythmiques (un étui de guitare amplifié en guise de bass drum et une pédale qui tape sur un tambourin) et Renaud Graton aux claviers.

Malgré son intention évidente de ne pas laisser l’actualité empiéter sur le moment, à quelques reprises, les chansons ont parlé d’elles-mêmes. En écoutant les paroles de la magnifique Inévitable, les mots avaient une résonance particulière : «Prends-moi dans tes bras, Le monde entier me dégoûte, Avec sa corde autour du cou, (…) Est-ce que l’amour est impossible, La haine inévitable?» Frissons et réflexions parcouraient la salle.

Fanny Bloom dans la gueule du lion

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le Lion d’Or, pour voir la belle Fanny Bloom faire sa rentrée montréalaise. La blonde Sherbrookoise nous a guidé à travers son magnifique labyrinthe de Pan, mais non sans détours et surprises.

Comptant sur l’appui de ses deux acolytes, Philippe Bilodeau à la batterie et Stéphane Leclerc à la guitare, Bloom a mené le bal comme une vraie pro. Si elle se définissait comme une Apprentie guerrière sur son premier album solo, l’expérience Pan l’a propulsée au rang supérieur et lui a fait gravir les échelons de manière significative. Elle assume maintenant totalement le créneau pop-dansant dans lequel s’inscrit Pan. Elle habite les planches avec panache et celles-ci vibrent carrément sous ses petits pieds.

Sans s’adonner au jeu de la comparaison, il est juste de mentionner que la jeune auteure-compositrice-interprète n’a plus rien à envier à personne quant à sa présence scénique et sa force de frappe. Naviguant en parfait contrôle entre l’univers Pan et ses vies antérieures, Fanny Bloom nous a offert un beau tour d’horizon de ce qu’elle a accompli jusqu’à présent.

Après avoir signalé que c’était pour elle un premier retour au Lion d’Or depuis les Francouvertes de 2008, lors desquelles elle et son groupe de l’époque, La patère rose, avaient remporté les grands honneurs, elle s’est permise un saut dans le temps en interprétant justement Pacemaker, premier hit de la défunte formation. Les fans de la première heure jubilaient.

Ayant ouvert la parenthèse, elle s’est ensuite affairé à une reprise de Danse avec moi de Martine St-Clair, tout en douceur piano-voix. Puisque la digression était déjà bien amorcée, pourquoi ne pas inviter le montréalais d’adoption Daran venir chanter avec l’hôte la magnifique Une sorte d’église? Il l’avait d’ailleurs déjà interprétée en spectacle avec Louis-Jean Cormier et la pièce a arboré une signification particulière étant donné le contexte de la soirée.

Finissant le parcours avec l’irrésistible et endiablée Piscine, elle a offert en rappel, à la sortie du labyrinthe tel un salut, une chanson de Barbara et finalement, Sammy Sammy, à la demande spéciale d’une fan.

Fanny Bloom nous a menés à bon port, sans anicroches, sans temps mort, et sans jamais perdre de vue son objectif premier: livrer un concert pop tout en nuances, réglé au quart de tour, enivrant, généreux et juste assez sucré pour faire passer le goût amer que les événements de la veille nous avaient laissé en bouche.

Photo : Alexis Boulianne

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