Politique étrangère s’impose

Les chefs des trois principaux partis étaient réunis lundi soir à Toronto pour le débat Munk, au cours duquel ils ont abordé les principaux enjeux de politique étrangère. La diffusion du débat à l’auditorium de l’École nationale d’administration publique (ENAP) a attiré une centaine de personnes qui ont pu entendre les analyses de six experts conviés par le Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ).

Parmi eux, le professeur en sciences politiques à l’UQAM et spécialiste en politique étrangère canadienne, Justin Massie, qualifie ce débat d’historique. «Il y a plus de 27 ans que la politique étrangère n’avait pas été au cœur de la campagne électorale, remarque-t-il. Il faut remonter à 1988 lors de l’accord de libre-échange Canada-États-Unis.»

Les définitions des «valeurs canadiennes» propres à chaque parti les ont divisés en deux camps opposés, expose Justin Massie. Le professeur en sciences politiques associe cela à la polarisation et à la simplification du discours politique canadien sur la politique étrangère. Il cite en exemple le débat «entre la valorisation de la sécurité ou de la paix internationale».

Le chef du Parti conservateur Stephen Harper a maintenu sa position, «généreuse et sécuritaire» d’accueillir 10 000 réfugiés. Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a quant à lui réitéré sa promesse de recevoir 25 000 réfugiés, tout en se permettant une envolée nostalgique sur le Canada d’avant les conservateurs, selon lui plus ouvert et axé sur l’aide internationale. Cela lui a valu les premiers applaudissements du débat à Toronto et le rire généralisé dans l’auditorium montréalais.

Malgré les flèches que se sont lancées Justin Trudeau et le chef du Nouveau parti démocratique Thomas Mulcair au cours du débat, les deux candidats étaient tous deux d’accord pour accueillir davantage de réfugiés.

Le chercheur au CIRRICQ et spécialiste en sécurité, Stéphane Berthomet, s’est réjoui que les chefs aient débattu du mythe selon lequel accueillir plus de réfugiés équivaut à moins de contrôle à leur arrivée. À son avis, cette pensée est une «vaste blague, une escroquerie intellectuelle». La professeure à l’ENAP, Tatiana Garakani, signale que « la radicalisation se passe dans les camps situés dans des régions très instables, ce qui soulève une question de sécurité». Celle qui préfère le terme « réfugiés » à « migrants » déplore que cet aspect n’ait pas été débattu.

Le débat Munk, diffusé en ligne, était bilingue et l’alternance entre les deux langues était fascinante, note le professeur Stéphane Paquin. Par exemple, le débat sur «la gestion de l’offre qui touche davantage les producteurs québécois s’est déroulé presque exclusivement en français».

Course aux solutions environnementales

«À quelques semaines de la conférence de Paris sur le climat, le temps est compté pour prendre une décision à ce sujet», déclare d’entrée de jeu le professeur titulaire à l’ENAP Stéphane Roussel. Les analystes attendaient donc impatiemment ce segment du débat Munk, dont le chercheur au CIRRICQ, Joël Plouffe, qui affirme que «le Canada s’est isolé en ce qui a trait aux changements climatiques».

Le professeur et spécialiste en environnement Stéphane Paquin déclare que «la position libérale est assez curieuse parce qu’elle entend réunir les provinces en 90 jours, donc après la Conférence de Paris, et elle ne propose pas de cibles chiffrées». De son côté, le NPD souhaite réduire les gaz à effet de serre de 34% par rapport aux chiffres de 1990, alors que les conservateurs visent la diminution de 30% en comparaison à ceux de 2005.

Après un débat de près de deux heures et des analyses pointilleuses, le public présent à l’auditorium de l’ENAP a pu obtenir des réponses à toutes ses nombreuses questions.

Crédit photo : Gopinath Jeyabalaratnam

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