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Avatar Emile Mercille Brunelle4 février 20152 min

Le réalisateur québécois Maxime Giroux (Demain, Jo pour Jonathan) signe avec Félix et Meira une histoire d’amour entre une jeune mère de famille juive hassidique et un homme indépendant de fortune. Deux êtres solitaires avec des situations sociales aux antipodes, mais liés par la même solitude. Malgré les risques de clichés qui planent dangereusement dans l’air, les prémisses sont intéressantes. C’est pourtant la déception qui émane de cette œuvre au scénario fort prévisible, trop convenu, aux personnages mal dessinés et aux situations cherchant à faire sourire, au prix de leur vraisemblance.

Antidote 10

Meira (Hadas Yaron), juive hassidique, étouffe dans un milieu de vie austère. Le ménage avec son mari, dépourvu de toute affection, et les nombreux rites religieux qui restreignent son quotidien la rendent profondément malheureuse, jusqu’au jour où quelqu’un provenant de l’extérieur lui montre intérêt insistant. Il s’agit de Félix (Martin Dubreuil), un jeune homme dont le père vient de mourir et qui, malgré son indépendance de fortune lui accordant une pleine liberté, est gravement touché par la solitude.

En dépit de la justesse de l’interprétation de Martin Dubreuil, on s’explique très mal les tenants de la situation familiale dysfonctionnelle de Félix, qui étaient pourtant essentiels à la compréhension de son mal de vivre. Par exemple, comment un frère s’entendant très bien avec sa sœur ignore-t-il le nom de l’homme avec lequel elle partage sa vie depuis sept ans ?

C’est surtout le personnage du mari de Meira, Shulem (convaincant Luzer Twersky) qui, malgré sa présence initiale forte, fait le plus défaut. L’acteur n’y est pour rien, c’est plutôt la volonté maladroite des scénaristes d’accorder à leur histoire un ton humoristique qui est responsable de cette lacune. Elle fera perdre toute crédibilité à ce personnage dont la lourdeur de l’insistance était pourtant essentielle à un bon impact dramatique. Plus le récit avance, plus il apparaît comme un antagoniste insignifiant, risible et à l’attitude contradictoire. Pourquoi se propose-t-il de lire la lettre d’adieu du père de Félix à ce dernier, alors qu’il le menaçait de mort la scène précédente? Ces mises en situation incongrues s’insèrent avec difficulté dans le fil conducteur très sérieux de l’intrigue.

 

Les premières interactions entre les deux amoureux sont convaincantes, mais l’évolution de leur relation est rapidement victime d’un blocage. Le fil passionnel qui les unit n’atteindra jamais sa pleine maturité. Malgré le talent manifeste des acteurs principaux et une direction photo très soignée signée Sarah Mishara, les lacunes scénaristiques demeurent fatales, et en font une œuvre au sujet audacieux, mais au traitement ennuyeux et parfois même invraisemblable.

 

2,5/5

Félix et Meira, Maxime Giroux, Canada, 105 minutes, sortie en salle depuis le 30 janvier 2015.

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