À la uneCultureJeunes luthiers sur la corde raide

Avatar Justine de L Eglise23 octobre 20144 min

Chaque année, les futurs luthiers se font chantonner que d’ici les prochaines années, le milieu saturé leur offrira moins de cordes à pincer et beaucoup de fil à retordre.

Rouler sa bosse en fabriquant des guitares est ardu pour les jeunes luthiers. Les finissants du programme de lutherie du Cégep du Vieux-Montréal, mis sur pied il y a neuf ans seulement, auront bientôt rempli la demande du marché du travail. Fabricants et réparateurs de guitares fraîchement gradués devront donner leur 110 % pour composer avec un domaine de plus en plus compétitif.

Gradué du programme de lutherie-guitare du Cégep du Vieux-Montréal en 2010, Maxime Baron brosse un portrait sombre d’une industrie au sein de laquelle il peut être ardu de laisser sa marque. «Au Québec, c’est très dur de se trouver un emploi en lutherie. Il n’y a pas beaucoup de place», déplore-t-il. Son collègue Vincent Cléroux, gradué en 2011, est du même avis. «Pour ceux qui vont sortir de l’école, ça va être difficile», lance-t-il d’emblée. S’ils aspirent à travailler dans le domaine, il faudra qu’ils sachent se mettre de l’avant, selon lui. «Peu d’emplois sont disponibles pour le moment. Un luthier doit se démarquer, c’est de cette façon qu’il se fait remarquer par les employeurs», explique- t-il. Les deux luthiers ont plutôt décidé de se lancer en affaires, en fondant les Ateliers de la corde.

Au Cégep du Vieux-Montréal, ils sont une douzaine à graduer chaque année. Pour les étudiants de l’Est du Québec, le Cégep Limoilou offre également une formation de luthier. D’après Vincent Cléroux, la situation va rapidement s’envenimer. «Dans les prochaines années, même s’il y a douze diplômés par cohorte, il n’y aura pourtant pas douze emplois de libres par an.» Il estime d’ailleurs que d’ici trois ans, le milieu du travail sera saturé. Selon le directeur adjoint du programme de lutherie-guitare du Cégep du Vieux-Montréal, Pier Bergeron, la situation est loin d’être aussi catastrophique que ce que laissent présager les finissants. «Les perspectives d’emploi sont bonnes», assure-t-il. Le directeur du programme, André Brunet, précise que le taux de placement de 75 % est satisfaisant, surtout pour un métier d’art. «La formation en lutherie est enivrante et les finissants s’imaginent devenir maîtres luthiers dès le départ, explique André Brunet. La réalité, c’est que pour le devenir, il faut pratiquer. Ça prend environ 15 ans devenir maître luthier.»

Être l’artisan de sa propre réussite

D’après Pier Bergeron, il n’en tient qu’aux artisans de se tailler une place de choix dans le milieu. Il souligne que la guitare est très populaire, et que presque chaque foyer possède son instrument. Pour se dégoter du travail, les luthiers doivent s’affairer à conscientiser les musiciens aux avantages d’ajuster leur guitare. Un instrument au point optimise la réussite des clients sur le plan musical, selon lui. «Pour la mécanique et l’acoustique, quand les éléments sont mis en place, les musiciens vont évoluer plus rapidement», assure-t-il. Cela se confirme peu importe la qualité de l’instrument, selon lui. «Ils peuvent donner des conférences sur l’importance des luthiers, par exemple. Il faut multiplier les besoins de la clientèle. Il ne faut pas s’asseoir près du téléphone. Il faut être proactif», défend Pier Bergeron.Il ajoute que le Québec ne manque pas de clientèle, qu’il faut simplement la faire bouger. «C’est sûr et certain qu’ils ne manqueront pas de travail. La réussite dépend de chaque individu. Si on est vraiment déterminé et passionné, on réussira à se faire une place au Soleil», estime-t-il.

Fraîchement sortie du programme de lutherie du Cégep du Vieux-Montréal, Eve Meister est confrontée aux dures réalités du métier. «Ce n’est vraiment pas facile de se trouver un emploi en sortant de l’école, la demande n’est pas là», affirme celle qui a cherché un poste pendant un mois, pour finalement se dégoter un boulot à temps partiel. Eve Meister entre- prend des démarches pour avoir son atelier à la maison et développer sa propre clientèle. «C’est le plus difficile, assure la jeune femme originaire de Valleyfield. J’ai dû emménager à Montréal pour mes études, alors je n’ai pas un grand entourage de musiciens», note-t-elle. Elle prévoit mettre les bouchées doubles pour atteindre son objectif. «Pier Bergeron est optimiste, mais il n’a pas tort. Il y a de l’espoir», croit-elle.

Prochaine sur la liste d’attente, Eve Meister ira bientôt rejoindre les quelque 16 artisans des Ateliers de la Corde, mis sur pieds par Vincent Cléroux, Maxime Baron et Antoine Coupal Dagleish. «En sortant de l’école, nous avons repris un atelier qui était déjà en place, nous lui avons donné une structure facile de gestion», raconte Vincent Cléroux. Il fait état d’un environnement de travail où il y a beaucoup d’entraide, car chacun peut bénéficier de l’expertise de ses collègues et partager les coûts de location. Pour les prochaines années, les Ateliers souhaitent offrir plus de services aux artisans, développer un magasin de produits spécialisés et doubler la superficie des locaux.

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