À la uneNon classéSociétéMort sous silence

Avatar Marie Kirouac-Poirier21 novembre 20123 min

Si le Québec semble ouvrir la porte au suicide assisté, plusieurs aînés décident de ne pas attendre la mort, mais plutôt de lui emboîter le pas.

Antidote 10

Dans l’entrée d’un étroit appartement, deux marchettes sont stationnées en parallèle. Claudette Huneault a 76 ans et Pierrette Gascon en a 71. Les deux amies vivent dans la même résidence pour personnes âgées où elles sont pleinement autonomes. «Le suicide chez les aînés, y’en a pas! C’est plus chez les jeunes», s’exclame Claudette Huneault, catégorique. «Ben voyons! Juste dans le building ici y’en a eu plein», rétorque Pierrette Gascon d’un ton convaincu. Même si le suicide chez les personnes âgées existe bel et bien, il passe souvent inaperçu.

Entre 2005 et 2009, en moyenne 138 aînés par année ont mis un terme à leurs jours. La maladie mentale est la cause première de ces décès. «Il est plus difficile pour les personnes âgées de parler de leur dépression quand elle advient. Les stigmates sur la maladie mentale sont plus incrustés chez eux», soutient le docteur en santé publique du Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Université de Montréal, Richard Boyer. Claudette Huneault vient tout juste de se faire opérer au genou droit. Dans quelques mois, ce sera au tour du gauche de passer sous le bistouri. Avant le début du grand chantier sur son corps, la dame souffrait de douleurs physiques aiguës. Les larmes aux yeux, elle avoue avoir déjà songé à la mort. «Quand on souffre, on y pense», murmure son amie Pierrette Gascon avec compassion.

Le nombre de suicides chez les aînés est quasi identique à celui des adolescents, explique Richard Boyer. «Dans l’imaginaire du public, la perte d’un jeune est plus importante que celle des personnes âgées», avance le chercheur de l’hôpital Louis-H. Lafontaine. Le suicide de nos aînés ne serait pas seulement oublié, il serait également plus accepté. Selon un sondage mené par la firme Léger-Marketing en 2006, 47% des Québécois trouvent que le suicide chez les plus de 60 ans est plus acceptable que celui chez les autres groupes d’âge. À l’opposé, seulement 28% d’entre eux trouvent que, peu importe l’âge de la personne, la gravité est la même. «Le suicide des personnes âgées apparaît plus acceptable parce qu’on pense qu’ils mettent fin à leurs jours parce qu’ils sont malades et seuls», note Richard Boyer.

La douleur de Claudette Huneault a altéré ses états d’âme. «Je n’ai jamais eu de dépression, mais j’avais des petites dépresses», reconnait-elle. La maladie mentale est d’ailleurs un motif important du suicide, tous âges confondus. «On pourrait quasiment ouvrir une pharmacie tellement y’a de pilules dans c’te building là», lance Pierrette Gascon, insinuant qu’il est facile de se suicider à son âge. Le chercheur Richard Boyer dément cependant cette idée préconçue: les médicaments sont rendus aujourd’hui trop sécuritaires pour être un moyen courant pour s’enlever la vie. Selon les données de 2007 du Ministère de la Santé et Services sociaux du Québec, la pendaison, la strangulation et l’asphyxie sont les moyens les plus utilisés peu importe l’âge.

Dans le regard de notre société actuelle, seul l’âge de nos aînés semble doré. «On a une société axée sur le culte de la beauté et de la jeunesse», se désole le responsable communautaire du Centre de prévention suicide 2.0, Laurent Garneau. Il dénonce l’image péjorative qu’on se fait de l’âge d’or. «Ailleurs dans le monde, les aînés sont considérés comme des sages, ici, ils sont périmés comme de vieux yogourts», déplore l’intervenant qui se fait un devoir de promouvoir les relations intergénérationnelles. «Il faut faire en sorte que les aînés conservent un rôle actif au sein de la société.»

Dénudant sa jambe pour montrer les ecchymoses sur son genou, Claudette Huneault rêve du moment où elle sera «réparée». Dès qu’elle sera remise sur pied, elle retournera se dandiner au son de la musique de la salle communautaire avec son amie Pierrette. «Ce qui me manque le plus, c’est d’aller danser. On danse bien, nous autres!»

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Le mythe de l’aîné désabusé

Isolement, ennui et souffrance sont des maux qu’on associe souvent aux personnes âgées. Pourtant, plusieurs statistiques dressent un portrait globalement positif des conditions de vie de nos aînés. 90% d’entre eux vivent à domicile, 97% ont la perception d’avoir une bonne santé mentale et 94% sont satisfaits de leur vie sociale.

Crédit photo: Flickr

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