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Avatar Florence Sara G. Ferraris9 novembre 20113 min

Faire mousser la culture de chez nous sur la scène internationale. C’est ce que promettent les ministres de la Culture et des Finances avec le nouveau Fonds Capital Culture Québec. Avec son enveloppe budgétaire de 100 millions de dollars, le projet fait sans doute bien jaser dans les coulisses des productions maison.

Il avait d’abord été annoncé dans le budget provincial présenté au printemps dernier. Il est maintenant réalité, sa création ayant été officialisée le 2 novembre par un décret ministériel. Mis sur pied pour huit ans, minimum selon le ministre Bachand, il sera financé en grande partie par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). Cette dernière, qui assure déjà une bonne partie de la mise en marché de notre culture à l’étranger, déboursera un autre 60 millions pour envoyer nos films, livres, spectacles et autres biens artistiques à l’extérieur de nos frontières. Les 40 millions restants seront assurés par le Fonds de solidarité FTQ.

Donc, voilà. 100 millions pour que nos artistes rayonnent, pour que notre culture voyage un peu partout dans le monde. L’idée est belle, avouons-le.

Mais n’allez surtout pas croire que l’argent ira à qui le veut bien. Les deux investisseurs publics s’attendent en effet à récolter des sous avec ce projet qu’ils espèrent en or.

La formule sera simple si l’idée de créer pour l’étranger vous intéresse. Elle fonctionnera à la manière d’un prêt à faible intérêt étalé sur une période plutôt longue, mais encore indéterminée.
Pour y être éligible, des conditions, encore une fois, d’une simplicité alarmante. Déjà, avoir un peu d’argent est un atout, car le Fonds ne débloquera qu’un maximum de 40% du budget nécessaire à la création. Le ministre des Finances l’a d’ailleurs précisé en point de presse. «Le promoteur doit [être prêt à] mettre des capitaux.» Le Fonds n’en étant pas un de subvention, mais plutôt un de participation.

L’autre carte à avoir en main est celle du projet à rendement. L’argent ne sera donc pas accordé au projet le plus méritant, mais bien à celui qui risque d’être le plus payant. Et là-dessus le ministre a été bien clair. Pour que le Fonds dénoue les cordons de sa bourse, il faudra que le projet, de quelques natures artistiques qu’il soit, démontre qu’il a «une espérance de rendement, sinon il n’y aura pas d’investissement».

Résumé rapide. Avoir de l’argent et être générateur de profits. Dans ma tête à moi, ce n’est peut-être que dans la mienne, ce ne sont généralement pas les promoteurs de ce genre qui nécessitent un coup de pouce. Surtout lorsque ce dernier avoisine les deux millions de dollars… minimum!

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Dans un autre ordre d’idée, les gigueurs, conteurs et autres artisans de notre héritage culturel peuvent enfin se réjouir. Plus d’un an après le dépôt du projet de loi 82 sur la protection du patrimoine culturel, les modifications la concernant ont finalement été adoptées à l’unanimité à l’Assemblée générale le 19 octobre dernier.

Le nouveau cadre légal inclura, entre autres, les paysages patrimoniaux et le patrimoine vivant. Celui-là même qui nous confère notre identité. Le Québec joint ainsi sa voix à celles des 137 autres États qui ont ratifié la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel depuis 2003.
La nouvelle loi n’entrera cependant pas en vigueur avant un an. C’est encore un peu loin, mais mieux vaut tard que jamais!

Florence Sara G. Ferraris
Chef de section Culture
culture.campus@uqam.ca

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