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Genevieve Geoffroy17 septembre 20104 min

Québec sauve in extremis le Centre de recherche du climat de l’UQAM 

Privé de financement par un gouvernement conservateur climatosceptique, le Centre de recherche sur le climat de l’UQAM poursuivra ses activités cet automne grâce à une ubvention provinciale salutaire. Or, l’avenir du Centre est loin d’être assuré. Déjà, les inscriptions aux cycles supérieurs en science du climat ont chuté pour le trimestre d’automne.

Photo: Jean-Franiçois Hamelin

Après des mois d’incertitude, les étudiants du Centre pour l’étude et la simulation du climat régional (ESCER) ont  appris le 12 juillet dernier l’octroi d’une subvention de 1,5 million de dollars sur trois ans par le gouvernement provincial. «Nous nous y attendions, explique Louis-Philippe Caron, étudiant de troisième année au doctorat en sciences du climat et de l’atmosphère (SCA) et membre d’ESCER. Des compagnies telles que Hydro-Québec ne peuvent se passer des données fournies par nos recherches.» 

Alejandro di Luca,  également étudiant de troisième année au doctorat en SCA et membre du Centre, estime que  la communauté scientifique québécoise est choyée. «La préservation de l’environnement est très présente dans l’opinion publique au Québec. Cela devient donc une priorité dans l’agenda politique de Jean Charest, ce qui n’est pas nécessairement le cas ailleurs au pays», affirme le jeune chercheur. 

Le 4 mars dernier, le gouvernement Harper annonçait l’abolition des fonds de la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère (FCSCA) le principal pourvoyeur du Centre ESCER. Faute de financement, le Centre, un des leaders internationaux en recherche sur le climat, risquait de fermer ses portes. Le directeur d’ESCER, René Laprise, a cogné à la porte de Québec pour réclamer une subvention. Le co-récipiendaire du Prix Nobel de la Paix de 2007 s’est dit ravi de la réponse rapide de Québec à son appel de détresse. Mais l’éminent chercheur sait bien que ce cadeau du gouvernement est d’une durée limitée. «Il ne convient pas d’envisager à long terme le remplacement du financement par le provincial. Il y a une économie d’échelle à partager certains outils complexes comme le modèle régional du climat à la grandeur du Canada, estime René Laprise. Cette approche permet de répartir les coûts sur une base plus large. Même les pays scandinaves se regroupent pour mettre en commun leur expertise et ressources en modélisation climatique.» 

Un avenir incertain 

Jusqu’à maintenant, aucune solution  pour le  financement à long terme du Centre ESCER n’a été trouvée. Le gouvernement conservateur  ne se penchera pas sur la question avant 2012, date à laquelle il évaluera la pertinence de renflouer ou non les coffres de la FCSCA. «Il serait surprenant que le gouvernement conservateur retourne sa chemise de bord», estime Louis-Philippe Caron, étudiant de troisième année au doctorat en SCA et également membre d’ESCER. Selon René Laprise, les sources alternatives envisageables  n’offrent pas le niveau de financement requis. «Nous devrons demander de petits montants à plusieurs organismes pour nous en sortir», déplore le docteur en sciences du climat. Les effets du manque de financement dans le domaine des sciences du climat et de l’atmosphère (SCA) se font déjà sentir au  pavillon Président-Kennedy,  où se trouvent les bureaux de l’ESCER. «Les inscriptions aux cycles supérieurs en SCA ont diminué pour cet automne», se désole René Laprise. L’accès aux cycles supérieurs dépend principalement des subventions et du financement disponibles pour les recherches. Les besoins technologiques dans ce domaine, à eux seuls, peuvent élever la facture à plusieurs centaines de milliers de dollars. «Cela a pu influencer les étudiants dans leur décision de poursuivre leurs études», suppose Martin Leduc, étudiant en troisième année au doctorat en SCA et membre d’ESCER. 

Les SCA : plus qu’un devoir national 

Sans garantie de financement à long terme, les futurs chercheurs sont sceptiques quant au développement  des SCA au pays. Ils appréhendent particulièrement la  coupure des postes d’agents de recherches associés aux divers centres de recherches sur le climat, ce qui entraînerait le désencadrement des futurs étudiants admis aux cycles supérieurs. «Les agents de recherches sont des mentors pour les étudiants, explique Louis-Phillipe Caron. Ils assurent la préservation du savoir sur place, alors que les étudiants, après avoir fait le plein de connaissances, s’envolent vers de nouveaux horizons.» 

Le manque de fonds pourrait également influencer la mobilité des chercheurs,  le renouvellement de la main-d’œuvre ou l’acquisition de nouvelles technologies. «Dans le monde de la recherche, le partage du savoir est primordial, explique Alejandro Di Luca, venu d’Argentine pour étudier aux cycles supérieurs. L’absence de fonds  influencerait inévitablement  la venue de chercheurs étrangers dont l’expertise est indispensable à la communauté scientifique canadienne.» 

Les décisions en matière environnementale du gouvernement Harper pourrait également occasionner des répercussions néfastes sur le plan politique. Un pays qui ne prendrait pas ses responsabilités risquerait de perdre son autonomie et sa souveraineté. «La recherche et la formation en SCA contribuent, à leur façon, à assurer une gestion responsable de notre avenir collectif, affirme René Laprise. Il faut espérer que d’ici deux ans le gouvernement Harper verra plus clair, ou qu’il sera d’ici là remplacé par un autre gouvernement qui agira de manière plus responsable.»

 

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