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Avatar Valerie Ouellet25 février 20096 min

Masculinisme: l’antiféminisme radical

Antidote 10

Photo Jean-François Hamelin - Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri ont co-dirigé le recueil de textes. Le mouvement Masculinisme au Québec, l'anti-féminisme démasqué (2008). Ils ne croient pas en guerre des sexes ni en une crise de la masculinité.

La sortie du film Polytechnique a ramené à l’avant-plan le conflit opposant les militantes pour les droits de la femme et le mouvement pour la cause des hommes. Cinquante ans après la première génération de féministes, faut-il encore libérer la femme? Montréal Campus a sondé les extrêmes avec le blogueur antiféministe Frédéric Desjardins et la militante féministe radicale Barbara Legault.

Montréal Campus: Avez-vous peur que la sortie du film Polytechnique nuise à votre mouvement?

Barbara Legault: Je suis contente que le film ait été fait. Le fait que le récit commence sur la lettre intégrale de Marc Lépine montre que Denis Villeneuve ne veut pas camoufler ou masquer la violence faite aux femmes. On ne cache pas la violence envers les féministes dans le film, on replace plutôt les faits dans leur contexte. Je trouve qu’on a évité plusieurs pièges dans Polytechnique. Denis Villeneuve et Karine Vanasse ont évité de mettre en opposition féministes et antiféministes.
Par ailleurs, on ne peut pas accuser les femmes d’avoir récupéré l’événement. Le massacre de Polytechnique était un geste antifemmes et antiféministes. Il nous concerne directement. Si on avait séparé les Noirs des Blancs dans cette classe, jamais on se serait demandé si c’était un acte raciste.

Frédéric Desjardins: La tragédie de Polytechnique n’est pas un événement significatif pour les antiféministes et n’a rien à voir avec la condition des femmes au Québec. La fusillade a été récupérée de façon honteuse par les mouvements féministes. Certaines vont jusqu’à dire qu’un Marc Lépine sommeille dans chaque homme. C’est comme dire qu’une meurtrière se cache derrière chaque femme.

MC: Qu’est-ce que le masculinisme?
BL: Un militant masculiniste est un antiféministe haineux qui met tous les problèmes des hommes sur le dos des femmes et qui utilise des tactiques douteuses pour faire valoir sa cause: intimidation, menaces, poursuites judiciaires, harcèlement, diffamation.
On ne peut pas comparer masculinisme et féminisme. Le féminisme a une histoire des revendications, une diversité d’opinion, un corpus d’analyse, une structure organisationnelle. Les masculinistes n’ont pas de revendications sociales pour faire avancer la société vers l’égalité. Leurs idées sont basées sur une généralisation de problèmes individuels à tous les hommes. Il n’y a pas d’oppression collective des hommes.

FD: Le terme masculinisme désigne un regroupement d’hommes qui font la promotion des droits des hommes tout en croyant que le féminisme a quand même eu des bienfaits pour la société, mais les masculinistes croient que certaines féministes sont allées trop loin. Personnellement, je n’adhère pas à ce mouvement, je me considère plutôt comme antiféministe.
Je crois que le féminisme n’a jamais fait rien de bon ni pour les hommes ni pour les femmes! C’est la science, la médecine, la technologie et les hommes qui ont libéré la femme occidentale à un niveau jamais vu dans l’histoire et non le féminisme. Les moyens de contraception sécuritaires et les méthodes d’avortement ont permis aux femmes d’éviter les grossesses non désirées.

MC:  Y a-t-il une crise de la masculinité?
BL: L’enjeu n’est pas s’il y a une crise d’un modèle masculin ou non. Pour arriver à l’égalité, il faut nécessairement déconstruire le modèle machiste, sexiste, patriarcal, présent tant pour les hommes que pour les femmes, dans notre société.

FD: Il me semble que le masculinisme s’élargit! Le féminisme est une idéologie
prônant l’autodestruction.

MC: Pourquoi militez-vous?
FD: Parce que la société québécoise, au même titre que les autres sociétés
occidentales, est arrivée à cette situation où la femme occupe trop souvent le
rôle de la victime toute-puissante et l’homme, celui de l’agresseur.
Tout comme pour les nazis, le juif était coupable d’être juif, les féministes
culpabilisent les hommes parce qu’ils sont nés hommes!
Les masculinistes revendiquent l’égalité et la justice entre les sexes de la part des politiciens. Les antiféministes souhaitent l’interdiction du féminisme dans nos écoles et nos institutions, tout comme sont interdits le racisme et le nazisme.

BL: Tant que les femmes sont encore opprimées, battues, violées, tant que partout dans le monde, elles seront les plus pauvres et les reines de la monoparentalité, je vais continuer à militer comme féministe. Il faut éliminer les causes de ces souffrances-là: le patriarcat, le capitalisme et le racisme. Les mouvements antiféministes et conservateurs tentent de ralentir les avancées des droits des femmes.

MC: Un dialogue est-il possible entre les deux groupes?
FD: Je ne dialogue pas avec des racistes, des extrémistes, des homophobes. Je ne vois pas pourquoi je le ferais avec des féministes. Le féminisme est non seulement basé sur un mensonge mais aussi sur une guerre permanente entre les sexes.

BL: Absolument pas! Pourquoi voudrais-je parler à quelqu’un qui menace, humilie et insulte les femmes? On ne va pas dialoguer avec des groupes qui travaillent pour un retour en arrière quant à la condition des femmes.
Ce n’est pas avec les hommes qu’on ne veut pas travailler, mais avec les masculinistes. Nous avons besoin des hommes pour faire avancer les choses. Les masculinistes essaient de nous miner de l’intérieur. On ne laissera pas une bande d’individus haineux nous traîner dans la boue. On va se battre contre la misogynie, le sexisme, le machisme et les antiféministes, et pour l’égalité.


 

Démasquer l’anti-féminisme
La codirectrice du recueil de textes Le mouvement Masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué (2008), Mélissa Blais, connaît bien les mouvements soutenant la cause des hommes. «Le masculinisme est une forme d’anti-féminisme. Il s’agit du discours d’hommes qui se considèrent en désarroi, en perte de repères et qui attribuent cette situation au mouvement féministe. Si on analyse leur discours, on remarque que ces groupes ne sont pas uniquement anti-féministes, mais contre les femmes en général.»

Le mouvement anti-féministe québécois est le fruit de plusieurs années de militantisme masculin, raconte la professeur de l’Université du Québec en Outaouais. «Déjà dans les années 1980, les hommes se regroupaient. À présent, le mouvement social s’est consolidé. Il y a une pluralité d’acteurs, dans toutes les sphères de la société, qui portent ce discours.» Malgré une lutte de plus en plus chaude entre militants, Mélissa Blais refuse de déclarer la guerre des sexes. «Dans une guerre, il faut qu’il y ait deux partie à armes et forces égales. Ce n’est pas le cas.»

Francis Dupuis-Déri est professeur à l’UQAM et codirecteur du recueil. Il y signe d’ailleurs un texte, Le chant des vautours: de la récupération du suicide des hommes par les antiféministes. Selon lui, la crise de la masculinité n’est pas présente au Québec. «La masculinité n’est pas en crise. Au contraire, je vois plusieurs phénomènes de renforcement, comme l’obsession face à la musculation. Nous vivons présentement une stabilité relative de la masculinité québécoise.»

L’auteur croit fermement que les hommes peuvent concilier masculinité et défense des femmes. «On peut être un homme féministe comme on peut être un Blanc contre l’apartheid.» Le texte de Francis Dupuis-Déri a reçu un accueil explosif de la part des militants masculinistes. «On m’a dit que j’étais homosexuel. Pour eux, je suis le modèle d’homme castré.» À ces accusations, celui qui se définit comme un homme féministe réplique: «Vos priorités sont suspectes. Vous êtes une nuisance, vous êtes en train de détruire tout ce qu’on a bâti sur le plan des relations entre les sexes.»

 

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