Non classéUn potentiel inexploré

Alexandra Negru7 octobre 20085 min

Photo Jean-François Hamelin - Le Dr Carlos Cordoba, chirurgien plasticien à l'Hôpital Notre-Dame, pratique la chirurgie sous hypnose en compagnie de l'hypnologue Mia Girard.

Que diriez-vous si, à l’aube d’une chirurgie, on vous proposait une méthode d’anesthésie sans douleur ni nausées postopératoires, vous permettant de boire et de manger sans délai? L’hypno-anesthésie, méthode peu répandue au Québec, commence à gagner en popularité.  

Sandra Gambescia n’a ressenti aucune douleur lors de la naissance de ses deux enfants. Pourtant, elle n’a pas reçu d’épidurale. «Pas de piqûre, pas de mal! J’étais entièrement consciente, je sentais les contractions et le travail du bébé, mais je restais engourdie. L’hypno-anesthésie m’a permis de vivre les plus beaux moments de ma vie sans jamais souffrir.»

Utilisée assez fréquemment en dentisterie et en obstétrique, l’hypnose clinique est une technique qui aide le patient à contrôler la douleur en bloquant les signaux de celle-ci lorsqu’ils atteignent le cerveau. Elle peut remplacer l’anesthésie classique par sédatifs et analgésiques.

L’hypnose, un état d’hyper-concentration où l’inconscient occupe l’avant-plan, permet au patient d’être détendu, ses muscles se relâchent, son corps s’immobilise et sa fréquence respiratoire ralentit. Conscient pendant l’acte opératoire, le patient se dissocie de ce qui se passe dans la salle en allant chercher dans sa mémoire des moments agréables afin de les revivre.

En général, l’hypno-sédation est possible seulement dans les cas d’actes médicaux nécessitant une anesthésie locale. L’hypno-thérapeute et membre de l’Association des hypnologues du Québec,  Betty Reis, croit cependant que la méthode ne possède pas de limites. «En Chine, l’hypnose est utilisée pour des chirurgies intra-abdominales. Il a été scientifiquement prouvé que les chirurgies sous hypnose ont du succès, notamment en Belgique, en France et aux États-Unis. Tout dépend de la capacité de la personne de se déconnecter de son corps.»


Atouts et contre-indications

«Le but premier de l’hypnose clinique est de diminuer le stress, l’anxiété et la douleur pendant et après l’opération, ainsi que la prise de narcotiques après une chirurgie. Moins il y a de médicaments absorbés par le corps, plus le patient récupère rapidement», souligne Dr Carlos Cordoba, chirurgien plasticien à l’Hôpital Notre-Dame ouvert à cette pratique. Encore considérée comme de la médecine alternative au Québec, l’hypnose est une technique médicale reconnue par les associations américaines et britanniques de médecine. «Ici, l’hypno-sédation ne fait pas partie de la formation générale d’un médecin. Si je m’y intéresse, c’est que je trouve qu’elle peut être utile dans de nombreux cas, même si elle possède ses limites», mentionne le chirurgien.

L’hypno-anesthésie n’est accessible qu’à ceux qui n’en ont pas peur. «Son succès repose sur une coopération et une confiance totale entre le chirurgien, l’hypno-thérapeute et le patient. De plus, la préparation du patient avant une chirurgie prend au moins huit semaines. L’hypnose est donc avantageuse pour les opérations qui ne pressent pas, comme les chirurgies esthétiques. «Oubliez cette technique pour quelqu’un qui arrive à l’urgence, ce serait complètement fou!» s’exclame le Dr Cordoba.

Bloc opératoire sous hypnose
Mia Girard, docteure en médecine holistique, a subi l’an dernier une chirurgie majeure sous le bistouri du Dr Carlos Cordoba. «Avant de préparer mes patients, je voulais vivre l’hypno-anesthésie. Ma préparation avait tenu compte des conditions spécifiques d’un bloc opératoire, comme le froid, les bruits, les néons. Cela m’a aidé à maintenir mon hypnose tout au long de la chirurgie.»

«Je n’entre dans la salle que lorsque le patient est sous hypnose afin de lui permettre de se détendre en compagnie de son hypno-thérapeute, raconte le Dr Cordoba. Puis, je procède à l’acte médical. Bien sûr, j’ai toujours un plan B et un plan C au cas où la personne sortirait de l’état d’hypnose. Son hypno-thérapeute l’aide alors à se déconnecter de son corps à nouveau. Si cela échoue, on lui administre des sédatifs.»

Ceux qui craignent l’état d’hypnose s’empêchent de vivre une expérience agréable et unique, croit Sandra Gambescia, mère de deux enfants mis au monde à l’aide de l’hypnose clinique. «L’hypnose, ce n’est pas juste du spectacle. Les gens croient que “l’hypnologue” possède un contrôle total sur eux, qu’il est en mesure de leur faire faire la poule en claquant des doigts. C’est n’est absolument pas le cas.» Le patient  peut en effet ouvrir les yeux à tout moment et décider de quitter la transe dans laquelle il est plongé.

Si l’hypnose clinique n’est pas ouvertement encouragée ni encadrée par le Collège des médecins, elle est tout de même acceptée. «Lorsque je réalise une opération sous hypnose, je ne fais rien d’illégal, tant et aussi longtemps que je n’impose pas cette méthode à mon patient. J’agis comme un médecin normal, seulement, je fais moins appel aux narcotiques. C’est un choix personnel», explique le Dr Cordoba.

Ceux qui ont peur des charlatans seront rassurés d’apprendre que l’Association des hypnologues du Québec possède son propre code de déontologie et gère la pratique de ses membres. «Pour devenir hypno-thérapeute médicale certifiée, j’ai dû hypnotiser un patient lors d’une chirurgie en présence des directeurs de l’Association afin qu’ils puissent vérifier mes compétences», précise la Dr Mia Girard, de la clinique Mia Pour Toi.

Les contraintes budgétaires empêchent cependant l’hypno-sédation de prendre davantage d’expansion au Québec, selon le Dr Carlos Cordoba. «Nous manquons de temps opératoire. Le temps de préparation nécessaire à une hypnose avant une opération, qui est d’environ une heure dans le bloc opératoire, pénalise un autre patient, car ce dernier ne pourra être soigné comme prévu. Au bout de la ligne, on perd du temps, ce qui coûte très cher.» Betty Reis, hypno-thérapeute, abonde dans le même sens. «Nous ne recevons aucune subvention et les coûts des “hypnologues” ne sont pas défrayés par le gouvernement. L’accessibilité de la méthode en prend un coup, c’est certain.»

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