Manifestations cyclables

Photo Marie-Dominique Asselin - Des cyclistes se sont effondrés en masse au Square Phillips, le 22 septembre dernier lors du Die In. Les manifestants tenaient à souligner les 50 000 blessés de la route québécois annuellement recensés.

Qu’ils s’effondrent en masse sur l’asphalte lors d’un Die In ou qu’ils prennent d’assaut la rue Sainte-Catherine à l’occasion de l’événement Masse critique, les militants à vélo ne manquent pas d’imagination pour faire connaître leurs griefs: un mauvais partage de la chaussée et les 12 000 accidents de la route qui ont lieu chaque année à Montréal.

Le 22 septembre dernier, Laurence Jacob-Roy aurait eu 23 ans. À l’âge de 20 ans, elle a été frappée mortellement par un camion semi-remorque. La commémoration de l’accident coïncidait avec le troisième Die In montréalais, un événement où les cyclistes miment leur mort causée par une collision. «Le fait de perdre ainsi quelqu’un de mon entourage m’a poussée à m’impliquer. On dirait que les 50 000 blessés de la route chaque année au Québec sont banalisés. On avait une volonté de créer un événement qui frapperait l’imaginaire», explique Claudine Gascon, co-organisatrice du Die In et de Montréal à Vélo (MAV). Les cyclistes du collectif se sont rencontrés lors des Masse critique, des randonnées militantes à vélo qui ont lieu le dernier vendredi de chaque mois.

L’atmosphère de Masse critique est plus festive que celle du Die In selon Mylène, une participante de cette randonnée militante. «C’est l’occasion de se retrouver entre cyclistes et de prendre possession de l’espace routier. Il s’agit d’une des rares fois où l’on se sent vraiment en sécurité dans les rues de Montréal parce qu’on est regroupés», explique-t-elle. Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) encadre d’ailleurs ces activités pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’altercations entre les automobilistes et les cyclistes. «Certaines personnes n’apprécient pas la perturbation de la circulation que ces événements causent. Nous sommes là à titre préventif», soutient un agent à vélo qui tient à demeurer anonyme. Le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) croit qu’il s’agit d’un bon moyen de sensibilisation. «Quelques minutes de frustration pour le chauffeur ne se mesurent pas à la frustration constante des cyclistes, qui sont confrontés tous les jours aux dangers du mauvais réseau routier», remarque Maud Prud’homme, du RQGE. Claudine Gascon déplore quant à elle que le désir des cyclistes de se réapproprier l’espace routier s’illustre par des comportements illégaux chez certains d’entre eux. «C’est certain qu’ils ne devraient pas outrepasser le code de la sécurité routière, mais ils prennent la place qui leur revient.»

Deux poids, deux mesures
Comme solution à leurs revendications d’ordre environnemental et économique, les membres du MAV proposent un investissement massif dans le transport en commun sur rail. «Les tramways, trains de banlieue et le métro sont beaucoup plus efficaces que la voiture», croit le responsable de l’aménagement urbain de la Ville de Montréal et maire de l’arrondissement de Rosemont-La-Petite-Patrie, André Lavallée. Le plan de transport dont ce dernier est cosignataire et que la Ville de Montréal lancé en juin dernier se veut une référence en transport collectif. Il est cependant critiqué par MAV. Claudine Gascon croit que l’administration municipale tient un discours paradoxal. «Il y a de belles phrases-clés dans ce document-là, comme la recommandation de donner la priorité aux piétons et aux cyclistes ou encore celle de diminuer l’utilisation de l’automobile. Il reste que les trois principaux projets de la ville visent l’amélioration de structures utilisées par les voitures.» L’agrandissement de la rue Notre Dame, la réparation de l’échangeur Turcot et la construction du pont sur l’autoroute 25 augmenteront de façon significative le nombre d’automobiles sur l’île de Montréal selon Claudine Gascon. «Il y a 1,5 millions de voitures sur l’île, et un million de plus entrent chaque jour», souligne-t-elle.»

Sécurité sur deux roues
Les membres du MAV se montrent également sceptiques par rapport au projet du plan de transport de doubler l’espace des pistes cyclables, qui devraient passer de 400 à 800 kilomètres. Pour arriver à ses fins, la Ville délimitera des bandes cyclables, des lignes de peinture tracées sur l’asphalte, une formule non-sécuritaire aux yeux des membres du collectif. «C’est comme ajouter des portes à une maison. L’espace est le même, il n’est pas agrandi et il est dangereux», déplore Claudine Gascon. Ce n’est toutefois pas l’avis de la cycliste Mylène, qui estime que ces bandes permettent le dépassement et donc une plus grande fluidité de la circulation. «Ce n’est pas dangereux, car les automobilistes respectent la voie qui nous est réservée.»

André Lavallée croit pour sa part que les cyclistes ont leur part de responsabilité dans plusieurs collisions. «Nous ne nions pas qu’il y a des accidents sur la route entre les cyclistes et les automobilistes. Mais il faut savoir que la moitié des blessures est causée par l’absence du port du casque chez le cycliste», souligne-t-il. Selon Vélo-Québec, près de 30% de ces accidents surviennent la nuit tombée, comme en fait foi l’expérience de Riley Starr, un participant au Die In. «Je sors tout juste de l’hôpital. Je me suis fait happer par un chauffeur ivre sur l’avenue Mont-Royal. Il était 23h, mais j’étais parfaitement visible.» Le cycliste s’en est tiré à bon compte avec des égratignures, d’énormes ecchymoses et une bonne frousse.

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