« Attention, il y a deux types de gars qui mettent du vernis », me suis-je déjà entendue dire à une amie.
D’abord, il y en a un pour qui l’acte est davantage une mise en scène. Celui qui te cite du Nelly Arcan, mais qui ne sait pas qui est Gisèle Pelicot avant que tu en parles. Celui qui porte de jolies boucles d’oreilles et qui se met parfois même du maquillage, mais jamais il ne pourrait t’expliquer en quoi consiste l’intersectionnalité. En fait, la seule chose qui est réellement déconstruite chez lui, c’est qu’il ne te paye certainement pas le souper.
C’est vrai, je viens d’une petite ville où les hommes hétérosexuels qui portent du vernis ne courent pas les rues. Lorsque j’ai été exposée à cette réalité, j’ai présumé qu’elle était synonyme d’ouverture d’esprit, de compréhension des dynamiques d’oppression et d’émancipation des barrières de genre. Autant dire que je me suis emballée.
Bien avant que les concours d’hommes performatifs prennent d’assaut nos villes et que le Web soit introduit au concept « d’homme déconstruit », j’ai réalisé qu’il existait une différence entre ceux qui adoptent une esthétique queer parce qu’ils le veulent et ceux qui le font parce que c’est cool. Mais est-ce que c’est vraiment rendu cool, être queer?
Masculinité hégémonique
La masculinité hégémonique est l’archétype de la masculinité dominante qui se traduit par des caractéristiques comme la force, l’autonomie et l’agressivité. Théorisé par la sociologue Raewyn Connell en 1995 dans son ouvrage Masculinities, cet idéal culturel vient légitimer les hiérarchies de genre et la domination des hommes sur les femmes. En d’autres mots, c’est le bon vieux patriarcat.
À l’époque des Timothée Chalamet et des Velours Velours, je n’ai pas besoin de vous expliquer que le concept de masculinité hégémonique est un peu désuet. Surtout à l’UQAM. Mais bon, il peut quand même nous aider à comprendre que, dans une société qui se veut égalitaire et inclusive, se détacher des attributs de cette masculinité dite traditionnelle peut être avantageux pour certains.
Ça peut expliquer pourquoi c’est devenu commun pour des hommes hétérosexuels d’arborer un style efféminé et du crayon à paupière. Aujourd’hui – du moins dans les sphères sociales que je côtoie – il est chose acquise que l’expression de genre ne correspond pas à l’orientation sexuelle.
Comprenez-moi bien : tant mieux! La vie est beaucoup plus amusante comme ça. Je suis contente qu’on puisse dévier des normes en toute banalité. Je sais que ce n’est pas le cas partout. Absolument, le vernis à ongles n’appartient à aucun genre.
Virilité
Je constate toutefois que, pour certains hommes, il s’agit d’une manière de prouver leur virilité – justement – parce que celle-ci n’est pas menacée par l’adoption de codes queers. Pour certains, arborer une esthétique LGBTQ+ signifie afficher son ouverture d’esprit.
Preuve que ces messieurs n’échappent pas aux jugements de la société : il n’y a qu’à rechercher « Is Timothee Chalamet gay? » sur Internet pour voir le nombre d’articles à ce sujet. Dès qu’un homme hétérosexuel s’affiche avec des éléments empruntés aux cultures queers, il y a des spéculations sur son orientation sexuelle. Bad Bunny porte des ongles en acrylique : est-ce qu’il est bisexuel?
Ils ne s’émancipent donc pas du regard des autres, mais du moins, ils affirment s’émanciper des rapports de genre. Ce qui peut être trompeur, parce que ce n’est pas toujours vrai.
La question se pose : est-ce que c’est vraiment devenu cool d’être queer ou est-ce juste cool d’en reprendre l’esthétique parce que celle-ci donne l’impression d’être ouvert d’esprit?
Les personnes LGBTQ+ que je connais sont souvent empreintes d’une empathie et d’un esprit communautaire hors pair, qui les pousse à approcher leurs relations avec altruisme et douceur. Elles sont animées par des valeurs profondes de justice sociale et de solidarité.
Donc, à une époque où on tente désespérément de se construire et se déconstruire à coups de tendances et de modes éphémères, tentez de vous rappeler que l’inspiration ne devrait pas se limiter à l’apparence. Au-delà des paillettes, de la mode et de tout le reste, essayez de vous inspirer de cette bonté et de cette inclusivité qui caractérisent réellement les personnes queers.



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