À la uneUQAMDémystifier le portefeuille de l’UQAM

Laurence Philippe Laurence Philippe28 novembre 20173 min

L’UQAM est contrainte de recevoir des subventions moins élevées par rapport aux autres universités québécoises spécialisées dans les recherches de pointe, favorisées par la méthode gouvernementale de répartition des subventions.

« On observe un calcul arbitraire qui désavantage fondamentalement l’UQAM, qui a une vocation d’enseignement plus traditionnel dans le secteur des sciences humaines », dénonce le professeur à l’Université du Québec à Rimouski Martin Maltais, spécialisé en financement et en politiques d’éducation.

Les subventions gouvernementales sont actuellement distribuées selon la variation de la fréquentation étudiante, par programme et par cycle de formation. Plusieurs des secteurs qui reçoivent le moins d’étudiants sont les plus chers à produire et reçoivent un soutien financier plus élevé, explique M. Maltais. Il ajoute que les universités sont toutefois libres de faire ce qu’elles veulent de l’argent acquis.

« Il y a une concentration de la richesse dans certaines universités et dans certains secteurs de pointe. Le secteur des techno-sciences reçoit 85% de l’argent et produit 10% des diplômés », ajoute le professeur à l’école des médias de l’UQAM et coauteur du livre Universités Inc., Maxime Ouellet.

« On a vu réduire le financement des domaines disciplinaires [en sciences humaines], créant un manque à gagner d’environ 20 millions de dollars pour l’UQAM depuis 10 ans », explique M. Maltais. La grille actuelle de répartition du financement du gouvernement se base sur des données datant de 2003. Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a d’ailleurs créé cette année un comité visant à retravailler La Politique québécoise à l’égard des universités.

Cibler la réussite

La recherche universitaire tend à bénéficier de meilleures retombées économiques dans certains secteurs précis, notamment dans les technologies de pointe. L’UQAM, ne possédant pas de faculté de médecine ou de génie, est contrainte à recevoir des subventions moins élevées par rapport aux autres universités québécoises qui en détiennent.

Le gouvernement est porté à faire dévier une part de l’argent dédiée à l’enseignement vers la recherche depuis quelques années, observe Maxime Ouellet. « Le gouvernement instrumentalise l’éducation à partir du moment où il la considère comme un vecteur de la croissance économique », ajoute-t-il.

L’université du Quartier latin fonctionne avec un budget de 430 millions de dollars. La majeure partie de ce dernier, soit 85%, est investi dans les salaires. Il reste alors 64,5 millions de dollars comme budget de fonctionnement.

Tout ce qui finance l’enseignement, l’activité académique et les services universitaires est compris dans le fond de fonctionnement. C’est ce qui permet entres autres de rembourser des conférences ou des abonnements à des revues spécialisées offerts par les enseignants. Le budget alloué aux départements est secondaire et donc instable, puisqu’ils sont les seuls à faire exception à la fixité du montant, souligne la directrice administrative de l’ESG, Christine Scott.

La répartition du budget est déterminée selon les besoins départementaux. Ceux-ci sont analysés et comparés par un collège administratif facultaire, explique le doyen de la Faculté de science politique et de droit, Hugo Cyr. Les budgets restreints impliquent parfois le besoin de procéder à des arbitrages, admet-il.

Tenter l’équilibre

« En 2012, l’UQAM a retravaillé la formule de répartition des budgets de fonctionnement attribués aux facultés » qui avait pour but de pallier les iniquités entre les départements de l’UQAM, avance Mme Scott. La réforme n’a pas réussi à éliminer les inégalités, car les compressions budgétaires des dernières années ont entraîné une application incomplète de la nouvelle formule de financement.

L’UQAM, qui reconnaît l’importance de rectifier sa situation financière, a déposé le Rapport sur la décentralisation organisationnelle et budgétaire à l’UQAM en 2016. Il permettrait aux facultés de détenir un meilleur contrôle sur la répartition du budget parmi leurs différents comptes et projets, s’il est adopté.

 

photo: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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