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Avant-scène

La poésie du deuil

Marie-Dominique Asselin
La mort et le deuil sont des thèmes récurrents dans la littérature, toutes époques confondues. L’être humain est fasciné par la mort parce qu’il ignore tout de ce qui la suit. Pour mieux vivre son deuil, l’Homme a besoin de trouver un moyen de conserver la personne disparue, de l’immortaliser dans sa mémoire. Cet automne la maison d’édition l’Hexagone publie deux recueils de poésie faisant écho à cette préoccupation intemporelle. Le premier, de Claudine Bertrand, est un hommage à la poète disparue Louise Blouin. Le second est un recueil inédit du défunt poète Michel Van Schendel.

«Ce qui n’est qu’en soi
La poésie le dévoile
Et donne vision
De qui nous serons»

Autour de l’obscur, Claudine Bertrand

Claudine Bertrand présente cet automne son quinzième recueil de poésie, intitulé Autour de l’obscur. Elle a écrit cet ouvrage en hommage à Louise Blouin, une de ses grandes amies et poète, décédée dernièrement. Ayant partagé les pénibles derniers moments de la vie de Louise, Claudine Bertrand s’inspire de la passion de cette dernière pour témoigner de leur amitié et pour ne jamais l’oublier. Elle offre dans ce recueil un portrait unique et touchant de la défunte, une façon pour elle de passer à travers cette lourde perte. C’est par des vers à la fois simples et pourtant chargés d’émotion que nous découvrons tout l’amour qui liait ces deux femmes. Le lecteur apprend à connaître, au fil des mots, la poésie qui les unissait et qui les faisait vibrer. Cette poésie semble le meilleur des remèdes contre la mort, et même un exutoire au malheur. À travers elle, Claudine Bertrand réussit à aborder des thèmes vitaux tels que la mort, la maladie et le temps avec des mots justes et significatifs.


Détentrice d’une maîtrise en études littéraires de l’Université du Québec à Montréal et enseignante au Cégep de Rosemont, Claudine Bertrand n’a plus besoin d’être présentée dans le milieu de la poésie. Issue du monde littéraire, elle se fait une ambassadrice de son art, autant au Québec qu’à l’étranger. Cette tâche qu’elle s’est donnée est primordiale dans le milieu de la poésie. Nous oublions souvent qu’il y a plus de 400 poètes encore vivants au Québec et qu’ils écrivent toujours. Claudine Bertrand, par sa langue ciselée, fait la preuve de la vivacité de cet art qui est loin d’être démodé.



Publication posthume


Dans un tout autre genre poétique, l’Hexagone publie aussi cet automne un texte inédit du défunt poète Michel Van Schendel, il dit. Cette œuvre, écrite dans les années soixante-dix, ne fut jamais terminée. Comme le disait l’auteur: «il dit est inachevé et inachevable». Le texte a été publié en fragments ici et là dans des revues littéraires vers la fin des années 1990. La pertinence de le publier trois années après la mort de l’auteur se retrouve dans les propos de ce dernier. À l’époque, M. Van Schendel se questionnait déjà sur la possible publication de ce texte, et ce, depuis son premier jet en 1970. La version finalement publiée est celle qu’il termina en 1972.


Michel Van Schendel possède une plume qui se renouvelle de page en page. il dit est un exercice formel sur «la réception possible de la parole et de l’écrit, de l’oreille et de l’hospitalité de l’autre et enfin de la synchronicité de la profération de l’écoute», écrit Catherine Mavrikakis dans la préface de l’œuvre. C’est avec une écriture spontanée que Michel Van Schendel intègre poésie et anecdotes dans une prose qui détermine bien l’actualité de son temps.


Collaborateur pour les revues Liberté, Cité libre et Parti Pris, il a été aussi l’un des fondateurs de l’Université du Québec à Montréal, où il a enseigné la littérature pendant trente ans. Il n’y a pas de doute en lisant il dit, que Michel Van Schendel restera longtemps dans les mémoires.