Champ libre
Je vote pour la science: pourquoi pas!
À quand remonte la dernière fois que vous avez entendu un chef politique prendre position sur la science? N’eut été de la taxe sur le carbone, on aurait très peu parlé de changements climatiques pendant la campagne fédérale – et ça s’annonce pareil au provincial.
L’an dernier, un petit groupe de citoyens américains a jugé que ce silence était inacceptable, et a lancé la pétition Science Debate, qui en appelait à un débat sur la science entre les candidats à la présidence. Le débat, bien sûr, n’a pas eu lieu. Mais la pétition a tout de même rassemblé – sans budget et sans faire parler d’elle dans les médias – 40 000 signatures, dont quantité d’étudiants, y compris des non-scientifiques, des PDG et même des politiciens. Des gens qui considèrent qu’avec des enjeux tels que les OGM, le réchauffement climatique, les nanotechnologies, la pollution et les énergies renouvelables, sans parler des milliards de dollars investis annuellement dans la recherche et l’innovation – les emplois de demain – il serait plus que temps que la science occupe un espace dans les débats politiques. Au même titre que, pourquoi pas, la culture.
Et au Québec? Il circule une semblable pétition: Je vote pour la science! Dans les mots de Normand Baillargeon, prof à l’UQAM et signataire: «La science et la technologie sont et seront au coeur de la plupart des enjeux et des défis que nous réserve le futur... Refuser d’en débattre collectivement, c’est refuser de faire bénéficier la conversation démocratique de certaines des lumières qui lui sont indispensables si elle ne veut pas sombrer dans la propagande.»
Que l’on pense à des enjeux concrets qui émergent de temps en temps dans l’actualité mais retombent vite dans l’oubli: un rapport d’experts sur les dangers de l’amiante commandé par le gouvernement Harper, mais qui n’a toujours pas, après sept mois, été rendu public. Cela ne soulève-t-il pas la question de l’indépendance des scientifiques face aux pouvoirs publics?
La réouverture en décembre 2007 de la centrale nucléaire ontarienne de Chalk River, à l’encontre, là aussi, de l’avis des scientifiques; la présence de «pro-créationnistes» jusque dans l’entourage proche du premier ministre canadien; est-ce sans importance, ou faut-il s’inquiéter de la perception de la science que cela suppose?
Faut-il taxer davantage les véhicules énergivores, étiqueter les organismes génétiquement modifiés, pénaliser certains aménagements urbains autour des lacs, au risque de déplaire à l’industrie? Ces débats devraient-ils s’accompagner d’un peu plus d’arguments scientifiques, et d’un peu moins d’arguments économiques?
Est-il utopique d’imaginer qu’au Québec, une initiative comme Je vote pour la science puisse avoir un impact comparable – à notre échelle – à celui obtenu aux États-Unis par Science Debate? Sans couverture médiatique, rien qu’avec la force de frappe des blogueurs, Science Debate a réussi à mobiliser en quelques semaines les plus grosses associations de scientifiques, à se tailler une place au méga-congrès de l’American Association for the Advancement of Science, – l’équivalent là-bas de l’Association francophone pour le savoir – mais aussi à impliquer de simples citoyens: des gens tantôt préoccupés par l’utilisation malsaine de la science par leur gouvernement, tantôt mécontents de la voir balayée sous le tapis lors des campagnes électorales, au profit d’enjeux autrement plus superficiels.
Si le slogan de l’UQAM, «Prenez position», n’est pas un vain mot pour vous, signez la pétition... Et qui sait si l’un de vous ne sera pas de ceux qui organiseront un débat politique sur la science à l’UQAM?
La pétition: http://jevotepourlascience.blogspot.com
Vous avez déjà signé? Votre nom est ici : http://sciencepresse.qc.ca/jevotepourlascience/signataires/
Si vous organisez quelque chose, faites en part à : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Et pour rêver un peu, visitez Science Debate : http://www.sciencedebate2008.com/www/index.php
Pascal Lapointe
Agence Science-Presse

