Développer un rapport sain à la sexualité, dès l’enfance

Les cours d’éducation sexuelle sont obligatoires dans les écoles primaires et secondaires du Québec depuis septembre 2018. Depuis la première vague de dénonciations du mouvement #MoiAussi en 2017 et à la suite de nombreux scandales d’agressions sexuelles qui ont éclaté depuis, plusieurs souhaitent que la structure de ce cursus soit revisitée.

La sexualité fait partie intégrante de la réalité des enfants dès leur plus jeune âge, met de l’avant François Renaud, sexologue et psychothérapeute. Elle se manifeste par la découverte de leur corps et de celui des autres. Un accompagnement rigoureux dans l’apprivoisement de cet univers chez les enfants est primordial pour permettre une saine évolution sexuelle, croit-il.

« C’est essentiel, parce que ça fait partie de leur quotidien. C’est la base de leurs futures habiletés relationnelles », souligne le sexologue. Il affirme que des sujets comme la masturbation, le consentement et l’image corporelle peuvent et même doivent être abordés le plus tôt possible avec les enfants.

Un cursus scolaire délaissé

Depuis 2018, le ministère de l’Éducation offre un programme d’éducation sexuelle clés en main aux écoles, mais n’offre aucun appui quant à la tenue de ce cours : plusieurs écoles sont laissées à elles-mêmes en ce qui à trait au personnel qualifié et aux fonds nécessaires pour fournir ces enseignements.

Marie-Pier Gagné, sexologue et coordonnatrice clinique par intérim à l’organisme communautaire spécialisé en éducation à la sexualité positive Sexplique, ne cache pas son inquiétude. « Il y a de gros besoins. Les profs ne sont pas outillés, surtout pour les sujets plus difficiles. Malheureusement, ce ne sont pas toutes les écoles qui ont le budget pour faire venir des organismes externes. Si les profs ne sont pas à l’aise de donner [les cours d’éducation sexuelle], il faut qu’il y ait quelqu’un qui soit en mesure de le faire », explique-t-elle.

Le manque de personnel qualifié et le manque de financement des organismes communautaires créent des inégalités et des manques sur le plan de l’éducation sexuelle des enfants, selon Mme Gagné.

Selon M. Renaud, pour l’instant, le programme n’est pas suffisant. Les cours de sexualité sont généralement gardés pour les dernières semaines de l’année scolaire, pour un total de cinq heures au primaire et 15 heures au secondaire.

Certains parents ressentent un manque dans les enseignements donnés et prennent les rênes de l’éducation sexuelle de leurs enfants. Pascale Veilleux, mère d’une fille et d’un garçon de respectivement 12 et 13 ans, en fait partie. « Je ne me fie pas à l’école, parce que je trouve ça complètement ridicule qu’ils ajoutent ça à la tâche des professeurs, dénonce-t-elle. J’ai toujours été super franche avec les enfants. Je me suis toujours dit que c’était à moi d’avoir ces discussions-là et de ne pas me fier à d’autres adultes. »

Un besoin primordial

Que ce soit à l’école ou à la maison, l’éducation sexuelle est essentielle, selon M. Renaud. « Plus tu parles de la sexualité dès un jeune âge, plus tu préviens des difficultés plus tard », avance le sexologue. Il ajoute qu’une éducation sexuelle complète occasionne des bienfaits considérables à l’âge adulte, notamment une meilleure image corporelle et une meilleure relation avec sa sexualité.

Cette éducation permet aux adultes concerné(e)s d’être plus conscients et conscientes de la notion de consentement et d’être plus susceptibles de dénoncer les agressions sexuelles, selon le psychothérapeute.

Cependant, M. Renaud affirme que les cours d’éducation sexuelle ne suffiront pas pour éradiquer le problème de culture du viol : « Il y a une culture entourant l’agression sexuelle : ça a été normalisé, même érotisé, autant pour les femmes que pour les hommes. »

Pour Mme Gagné, il est évident qu’une réforme de l’éducation sexuelle entraînerait des répercussions positives sur les adultes de demain. Le fait d’assumer sa sexualité, d’en parler et de ne pas l’associer à un tabou encourage les jeunes à se dire qu’ils et elles sont normaux et normales, renchérit-elle.

Le mouvement #MoiAussi, entre autres, permet de mettre en lumière les lacunes de l’éducation sexuelle offerte dans les écoles primaires et secondaires québécoises, selon les trois intervenants et intervenantes rencontré(e)s par le Montréal Campus. Beaucoup de changements restent à être apportés au programme actuel, mais le vent tourne tranquillement pour donner place à de belles améliorations, selon eux et elles. « J’espère que ça va amener les jeunes à être plus ouverts sur la sexualité, de moins garder des choses pour eux et de se sentir mieux dans leur corps et dans leurs relations interpersonnelles », soutient Marie-Pier Gagné.

Mention photo : Camille Dehaene | Montréal Campus

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