CultureMime: dire beaucoup sans parler

David Simard-Jean4 février 20193 min

L’École supérieure de théâtre de l’UQAM impose des cours de mime aux étudiantes et aux étudiants de première année de la concentration jeu du baccalauréat en art dramatique; une discipline aux styles diversifiés qui se fait peu remarquer au Québec, mais qui est bien ancrée dans le monde artistique.

Le cours, enseigné par Laurence Castonguay Emery, consiste à la pratique du mime, soit celle de s’exprimer avec différentes parties du corps, comme la tête, le cou ou le torse, tout en restant muet(te) et en n’ayant aucun réel but narratif.

« La première chose que l’acteur montre sur scène, c’est son corps », affirme Mme Castonguay. « Ça va permettre aux étudiants de trouver leur neutre théâtral [posture de base], ce qui est important », explique-t-elle.

Jeanne Plourde, qui a suivi ce cours dans le cadre de son baccalauréat en art dramatique, affirme que le mime n’est pas une discipline évidente. « C’est très exigeant […] Il faut savoir garder son corps droit », ajoute-t-elle.

Des styles différents

Il peut être possible pour les étudiants et les étudiantes qui ont apprécié le cours de poursuivre dans cette discipline, notamment grâce à la compagnie montréalaise OMNIBUS, qui fait du mime et du théâtre corporel ses spécialités depuis sa création en 1970.

La compagnie présente chaque année des pièces de mime ou des adaptations de textes connus interprétés avec le corps. L’école OMNIBUS, qui apprend en profondeur la discipline du mime et du théâtre corporel aux acteurs et aux actrices, est rattachée à la compagnie depuis 1977.

Le style Marceau

Denis Moreno est entraîneur et professeur privé en mime technique, jeu et expression corporelle depuis une vingtaine d’années. Il est aussi comédien pour le théâtre, le cinéma et la télévision.

Denis Moreno enseigne le mime de type « Marceau » | PHOTO LUDOVIC THÉBERGE

Il concentre davantage sa pratique sur le mime « Marceau », qui rappelle le mime français Marcel Marceau ayant pratiqué dés 1947. « Chaque artiste prend le mime et il faut développer un personnage. Par exemple, Charlie Chaplin était un artiste de cirque. Il est passé au mime, car il y a beaucoup de similarités. […] Marcel Marceau a créé Pip » explique-t-il.

Lorsque les gens pensent au mime, ils y voient plus souvent sa vision classique, soit un mime muet maquillé en blanc, appelé le pantomime. Celui-ci se concentre plus sur l’aspect narratif des mouvements.

M. Moreno affirme que l’art du mime a beaucoup évolué depuis le dernier siècle, grâce à des compagnies comme OMNIBUS. « Il ne faut pas rester dans la même place », ajoute-t-il. Il cite aussi le mélange entre l’art du cirque et l’art du mime que l’on peut retrouver dans les spectacles du Cirque du Soleil, où M. Moreno a travaillé.

Des mimes trop silencieux

Ces dernières années, la compagnie OMNIBUS se retrouve en difficulté. « Ils ont notamment perdu des subventions », explique Laurence Castonguay Emery. La compagnie doit aujourd’hui être nomade, faute de trouver un pied-à-terre.

Elle explique aussi qu’il n’est pas facile de faire du mime sa carrière. « C’est un art qui est quand même mal perçu », ajoute l’enseignante de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, qui précise aussi que la discipline a du mal à se marier avec les formes de textes traditionnelles du théâtre.

Denis Moreno soutient que le théâtre corporel à la OMNIBUS étudié à l’UQAM est plus populaire que le style Marceau pratiqué par Moreno. « C’est plus le style danse contemporaine, qui met des mots, qui expérimente. C’est du texte dramatique comme au théâtre, sauf que c’est plus corporel », précise M. Moreno.

photo: GRACIEUSETÉ RODRIGO MOREIRA

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