CultureLa guerre comme terrain de jeu à la Galerie de l’UQAM

Marguerite Chiarello17 janvier 20194 min

La nouvelle exposition Leila Zelli. Terrain de jeux, présentée à la Galerie de l’UQAM, a comme mission de recontextualiser des images de guerre. Montée de façon à obliger l’observateur ou l’observatrice à s’immiscer dans le terrain de jeux qui lui est donné, cette installation nécessite une participation active pour prendre vie.

Pour arriver à redonner du contexte à ces images, la finissante à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM Leila Zelli présente une exposition bâtie à partir de vidéos existantes et d’autres trouvées sur Internet.

L’installation peut être considérée comme in situ, c’est-à-dire dans son milieu naturel, puisqu’elle est créée spécifiquement pour l’emplacement dans lequel elle se trouve. « Ce genre d’images, si elles sont déplacées de contexte, ont une interprétation complètement différente, les gens ne les voient pas de la même façon », mentionne la directrice de maîtrise de Leila Zelli, Anne-Marie Ninacs.

Grâce à un mur qui a été ajouté à l’espace pour séparer la salle en deux et à un couloir que la galerie a accepté de créer pour permettre à l’artiste de circuler derrière un autre mur et d’y installer ses écrans, la Galerie de l’UQAM représente l’endroit parfait pour cette exposition.

Leila Zelli. Terrain de jeux comprend deux imposantes projections présentées sur les murs de la galerie, accompagnées de courtes séquences vidéo jouant en boucle. Pour visionner les vidéos, le spectateur ou la spectatrice doit regarder au travers d’une dizaine de trous faits dans le mur imitant les traces laissées par des obus.

Lorsqu’on observe sur Internet ou dans les médias des images qui traitent de la guerre, seule une faible partie peut être comprise en raison du manque de contexte, souligne l’artiste. Elle explique ainsi créer une métaphore à l’aide des trous dans le mur qui laissent entrevoir seulement une portion de l’image.

« On ne voit jamais l’image au complet. C’est par rapport à notre positionnement devant le trou qu’on voit des parties et qu’on ne voit pas d’autres parties », souligne Leila Zelli.

Cette exposition, Anne-Marie Ninacs la définit comme politique, voire humaniste, puisqu’il y a « une vraie réflexion sur le vivre ensemble », spécifie-t-elle.

Un rôle à jouer pour le spectateur

Leila Zelli. Terrain de jeux propose une façon originale d’observer des images en imposant parfois au spectateur ou à la spectatrice de monter sur des blocs de ciment afin d’observer au travers des trous. D’autres, positionnés à la hauteur des genoux, forcent plutôt les observateurs et les observatrices à se pencher pour découvrir la vidéo qui s’y cache.

L’installation vise à donner l’impression de se trouver dans un terrain autant politique que enfantin. Les œuvres contraignent le public, par le mouvement, à se plonger à leur tour dans un terrain de jeux pour faire partie de l’action. Cette initiative semble avoir été très bien reçue par les visiteurs et les visiteuses qui prenaient plaisir à agir dans la salle d’exposition.

La guerre présentée sous un autre jour

Née pendant le conflit entre l’Iran et l’Irak qui a fait rage de 1980 à 1988, l’artiste originaire de Téhéran indique que le thème principal de l’exposition, la guerre, est lié à son expérience personnelle. « Là où je vivais n’était pas un front de guerre, mais c’est sûr que j’ai grandi avec [ces] images », explique Leila Zelli avec émoi.

L’artiste explore cette thématique de façon à ne pas tomber dans l’horreur. Loin de présenter la mort, des images d’explosions ou de fusils, elle opte plutôt pour des images du quotidien des personnes qui vivent dans des zones de guerre. « Je voulais dire que la vie existe aussi là-bas malgré les difficultés et que les gens veulent et méritent de vivre », précise Leila Zelli.

Mme Zelli admet que la dernière projection fait état d’une situation paradoxale où une petite fille, malgré le fait qu’elle soit dans un camp de réfugié(e)s, découvre une certaine liberté qu’elle n’avait jamais atteinte auparavant. « Dans son pays, elle n’avait pas le droit de jouer au soccer, mais dans un camp de réfugiés et réfugiées, paradoxalement, elle a cette liberté d’aller jouer dehors », raconte l’artiste, montrant ainsi un aspect positif insoupçonné.

photo: LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

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