Jamais l’un sans l’autre

Les bases de la danse en duo valsent entre la mécanique, la technique ainsi que la présence de l’un(e) et de l’autre pour orchestrer la beauté, la communion et l’émotion du « nous ».

« La danse en duo, ce n’est pas deux solos juxtaposés. C’est vraiment l’emboîtement d’actions individuelles qui produisent un résultat commun. Le résultat final est un tout qui existe seulement grâce à la présence des deux », explique le chargé de cours au Département de danse de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) Sylvain Lafortune.

Le travail avec un ou une partenaire est une forme de danse qui fascine M. Lafortune, titulaire d’une maîtrise portant la classification des portés en danse et d’un doctorat analysant l’apprentissage d’un duo chez les danseurs et danseuses expert(e)s.

« La danse avec un partenaire, ça devient un travail de complicité. C’est un dialogue sensoriel entre deux personnes. Quand on danse en duo, le mouvement n’existe pas sans l’autre », affirme celui qui est également professeur à l’École de danse contemporaine de Montréal.

L’un et l’autre

Sylvain Lafortune a décidé de repousser les limites du duo et d’amener cette pratique plus loin, en poursuivant ses recherches sur un plan artistique plutôt que théorique. « Le duo n’est souvent qu’une section, qu’un moment dans une pièce. J’avais envie de voir ce que ça ferait si un duo était une pièce en entier et pas seulement qu’un épisode », explique-t-il avant de décrire son plus récent spectacle, L’un L’autre.

Présentée à la Place des Arts en octobre dernier en collaboration avec la créatrice et interprète en danse contemporaine Esther Rousseau-Morin, cette œuvre propose de façon brute la nature du « nous » en présentant la relation entre les artistes le plus simplement possible.

De l’étude à la scène

L’union professionnelle entre Sylvain Lafortune et Esther Rousseau-Morin est née d’un intérêt commun d’étudier le partenariat en danse. « Nous nous sommes dits qu’il serait intéressant si on poussait certains paramètres qui sont assez mécaniques, voire physiques, pour voir comment on pourrait raconter un rapport très spécifique, très humain, à travers la danse », souligne Mme Rousseau-Morin.

Le duo a bifurqué de son plan initial, qui était d’étudier la danse, pour laisser place à la création et à la composition. Il a approfondi la symbiose entre partenaires dans un contexte de performance artistique pour mettre sur pied le spectacle L’un L’autre.

L’art de la communion

La diplômée de l’UQAM en enseignement de la danse et professeure de danse au Collège Letendre à Laval Thakshila Rupasena est du même avis. « Si on choisit de travailler en duo, c’est simplement parce qu’on a trouvé un style de danse et la personne idéale avec qui réaliser différents projets artistiques, mentionne-t-elle. Pour pouvoir danser ensemble, il faut une très grande écoute et une chimie entre les deux danseurs. Le travail d’équipe requiert beaucoup d’implication. C’est un cheminement commun. »

Elle expose toutefois le fait que cette communion peut être intentionnellement mise de côté dans certains duos par souci de style. « Certaines pièces présenteront une communion, alors que d’autres chorégraphes opteront pour l’opposé. On assistera donc à une œuvre exempte de coordination ou de symétrie », ajoute-t-elle.

« La communion n’est clairement pas formelle », avance Esther Rousseau-Morin. Le sentiment d’union d’une œuvre réside dans l’émotion qui est transmise par les danseurs et les danseuses. Selon elle, la fragilité du concept du « nous » peut ne pas être perçue par l’audience.

En danse, l’apport d’une personne au service de l’autre peut être rassurant. « Pour moi, il y a quelque chose de sécurisant de ne pas être toute seule dans la création et de présenter quelque chose comme ça qui [paraît] vulnérabilisant », affirme Esther Rousseau-Morin.

« On est deux têtes pour penser aux choses, mais, en même temps, ça complexifie les choix parce qu’on est les deux dans un rapport égal de cocréation. […] Le désaccord amène beaucoup de négociations, ce qui est très humain », ajoute l’interprète.

Transmettre l’émotion

Pour certains styles, dont les danses sociales, comme le tango, la samba, la salsa, le cha-cha-cha ou la valse, il est impératif de compter sur un ou une partenaire pour exécuter la chorégraphie, explique Thakshila Rupasena.

Il y a également des styles qui sont plus fréquemment dansés en solo, tels que le ballet classique, la danse contemporaine et la danse urbaine, où il est aussi commun de danser à deux ou même plus. « À mon avis, l’important est que ce soit aligné avec le message et les émotions que la chorégraphie veut transmettre », pense Mme Rupasena.

Peu importe le style retenu, la danse avec un ou une partenaire demeure un travail technique et mécanique. « On se fie sur l’un et sur l’autre, on échange des forces, on soulève, on se fait soulever. Il y a une résistance à la force de l’autre », croit Sylvain Lafortune.

photo: COURTOISIE SALOMÉ BONIFACE

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *