CultureLa fragilité des clubs de jazz

Julianne Béliveau19 novembre 20183 min

Bien qu’ils se fassent de plus en plus rares, les clubs de jazz ne cessent de rassembler les amateurs et amatrices de cette musique dans une ambiance chaleureuse, entre bar et salle de spectacle, où des concerts sont présentés tous les soirs.

Depuis les années 50, à Montréal, la plupart des clubs de jazz ont été forcés de fermer leurs portes. L’arrivée du rock dans l’univers musical américain et une récession représentent des causes de la diminution de ces endroits, qui profitaient, jadis, d’une popularité internationale, témoigne le propriétaire du Upstairs, Joel Giberovitch.

Étant l’un des cinq clubs de jazz à avoir traversé le temps à Montréal, le Upstairs cumule 23 ans d’existence. Situé au centre-ville, sur la rue Mackay, le club offre tous les soirs des prestations en direct, devant un public mixte et de tous âges.

Selon le chargé de cours en piano jazz à l’UQAM Yves Léveillé, les musiciens et musiciennes performent aujourd’hui davantage dans les salles de spectacle que dans les clubs de jazz. « Avec l’essor actuel des plateformes numériques, nous n’avons pas le choix, en tant qu’artistes, de réinventer l’environnement dans lequel nous jouons pour promouvoir notre musique », reconnaît M. Léveillé, qui est aussi un pianiste d’expérience.

Confronté à cette nouvelle réalité, Joel Giberovitch a dû s’équiper d’un nouveau piano et enrichir son menu par des aliments saisonniers. « C’est important, pour le club et pour le public, de réinvestir dans la place », affirme M. Giberovitch.

Une musique en constante évolution

Le jazz s’est métissé, au fil des années, entre la musique africaine et européenne, et est né de l’influence de plusieurs courants musicaux, comme le blues et le swing, selon Yves Léveillé. Ce dernier qualifie le jazz « d’une musique humaine, très ouverte aux influences, et qui possède une dimension d’improvisation prépondérante ».

Bien que les instrumentistes aient des partitions sur scène, comme le témoigne M. Léveillé, la nature même du jazz requiert que ces derniers, au cours de la pièce, apportent une touche personnelle et créative à la structure de l’œuvre. Par la proximité qu’ils offrent entre les musiciens et musiciennes et le public, les clubs de jazz permettent ainsi à cette musique de se réinventer indéfiniment.

Des endroits à préserver

Christine Tassan a fait sa place dans l’univers du jazz en tant que guitariste. Celle qui baigne dans le milieu depuis une vingtaine d’années performe tous les jeudis au club de jazz montréalais Diese Onze.

Le demi-sous-sol dissimulé entre des commerces de la rue Saint-Denis, au cœur du Plateau-Mont-Royal, donne l’impression de retourner à l’époque où le jazz occupait une place prépondérante dans la vie nocturne montréalaise, entre les années 20 et 70.

Les murs de briques et l’éclairage tamisé du Diese Onze invitent à une atmosphère chaleureuse et intimiste. « La proximité entre le public et les musiciens, qu’offrent les clubs de jazz, est incomparable », affirme Mme Tassan.

Christine Tassan constate, elle aussi, une diminution des clubs de jazz dans la métropole, étant donné la baisse de popularité de cette musique au fil du temps. « Si on compare à ce qu’il y avait dans les années 60 à Montréal, des clubs de jazz, des cabarets, des boîtes de nuit, il y a beaucoup moins de lieux où jouer qu’avant », témoigne Christine Tassan.

« Je crois, par contre, que les gens auront toujours besoin de ce genre de lieu, de cette intimité qu’on ne retrouve pas dans les grandes salles de spectacle. Les clubs de jazz ont quelque chose d’unique à offrir », affirme Mme Tassan.

photo: SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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