CultureS’initier gratuitement à la culture, une préoccupation sociale

François-Alexis Favreau14 novembre 20184 min

Lire un livre, participer à des ateliers de photographie, visiter des musées, faire du théâtre ou du cirque : ces activités peuvent être favorable à la réinsertion sociale des personnes en situation d’itinérance. Des artisans de la réinsertion sociale aident ces derniers à se créer un réseau tout en faisant de l’accessibilité leur combat.

C’est le quotidien de l’intervenante de proximité Hana Beneveniste, qui travaille à l’organisme à but non lucratif Plaisiirs. « Faire de l’art avec un participant développe sa résilience », fait valoir l’animatrice sociale.

Les intervenants sociaux de Plaisiirs organisent des ateliers d’art afin de stimuler les participants. Ainsi, les personnes en situation d’itinérance peuvent vivre des expériences d’appartenance à un groupe et de compétence en mettant leur talent à l’œuvre, explique Hana Beneveniste. « Ils doivent vivre de belles expériences pour avoir l’énergie de répondre aux situations très difficiles », ajoute-t-elle.

Outre les activités culturelles organisées par les intervenants de proximité, beaucoup d’itinérants fréquentent la bibliothèque, note le conseiller en développement communautaire à la Ville de Montréal Pierre-Luc Lortie. « Au départ, on s’est dit qu’ils cherchaient un lieu sécuritaire, chaud, et reposant, explique-t-il. Nous avons réalisé qu’ils y allaient pour lire, participer à des activités, s’informer et aller sur Internet pour faire de la recherche documentaire. Comme n’importe quel citoyen, ils sont des consommateurs de culture. »

La fréquentation de la bibliothèque par les personnes en situation d’itinérance a mené à la création du Plan d’action en itinérance de la ville de Montréal, afin de mieux « sensibiliser et outiller le personnel » à cette clientèle, informe M. Lortie, ajoutant que le lieu a la qualité d’être inclusif et d’être une zone à l’abri des préjugés.

Les personnes en situation d’itinérance sont également invitées à participer à des événements de plus grande envergure. « Pendant le Festival international de Jazz de Montréal, des personnes itinérantes ont été sollicitées pour travailler de manière contractuelle », souligne également M. Lortie.

Pour sa part, le collectif artistique Quand l’art passe à l’action (ATSA) organise des événements gratuits sur la place publique et tente de créer des circonstances favorables pour « des rencontres, des réflexions et des prises de possession de la rue par les personnes itinérantes, mais aussi par le grand public, par plusieurs artistes et intervenants du milieu », explique la cofondatrice d’ATSA et artiste Annie Roy.

Les différentes installations publiques d’ATSA, notamment dans le cadre de l’événement annuel État d’urgence, ont pour objectif de soulever des discussions sur la réalité de l’itinérance dans la métropole par l’entremise de l’art.

Quand la réinsertion sociale passe par l’art

Le Service de la diversité sociale et des sports de la Ville de Montréal souhaite briser le stéréotype de la personne en situation d’itinérance. « On constate qu’il y a des dynamiques, des profils distincts et des réalités qui s’expriment différemment d’un quartier à l’autre », explique M. Lortie.

Les Autochtones sans domicile fixe, dont leur nombre est en hausse au centre-ville, sont notamment le sujet d’une « programmation culturelle adaptée » afin d’assurer leur réinsertion sociale de manière personnalisée et humaine, fait part le conseiller en développement communautaire.

Lors de la réfection du square Cabot, fréquenté par plusieurs Autochtones en situation d’itinérance, l’arrondissement de Ville-Marie a veillé à ce que ces personnes ne se sentent pas exclues du parc.

La Ville valorise également l’inclusion sociale par la culture en finançant des organismes spécialisés tels que Cirque hors piste, l’atelier d’art de l’accueil Bonneau, le centre de réinsertion sociale Ex aequo et ATSA.

Créer ensemble pour vaincre l’isolement

Pour sortir les participants de leur environnement connu, Plaisiirs visite fréquemment l’atelier communautaire Ruche d’art. « C’est rare que des familles participent à des activités avec des itinérants, souligne Hana Beneveniste, les participants apprécient d’être vus et écoutés. »

« La Ville doit s’assurer que la personne qui est dans un processus de désaffiliation sociale puisse être rattrapée par le filet communautaire », soutient Pierre-Luc Lortie.

montage: LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

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