UQAMLe BIPH visé par une campagne de fausses publicités

Une dizaine de fausses affiches publicitaires ont été installées dans quelques quartiers de Montréal, dénonçant l’inaction de l’UQAM face au harcèlement sexuel et psychologique sur son campus. Le diffuseur responsable des présentoirs, Astral Média, a déclenché une enquête.

Un courriel anonyme envoyé lundi matin au Montréal Campus ainsi qu’à des professeurs, des journalistes et des groupes uqamiens décrie « la violence de certaines procédures qui consistent à respecter l’anonymat des personnes ayant violé l’intégrité physique et/ou psychologique des personnes avec qui ils ont une relation d’autorité. »

Les affiches, aperçues notamment au centre-ville, sur le Plateau Mont-Royal et dans Hochelaga-Maisonneuve, sont basées sur la récente campagne publicitaire de l’UQAM « 100 millions d’idées ». Identiques, seul le message publicitaire est changé.

Sur l’une d’entre elles, on peut y lire : « Sortir en pleurs du bureau de prévention de harcèlement. C’est aussi ça l’effet UQAM ».

L’auteur, qui utilise le pseudonyme « pourquoijaipasdénoncé », ajoute que « la façon dont l’université traite les étudiantes et étudiants qui font appel à ses services fait douloureusement écho au phénomène de seconde victimisation sexiste que les institutions médiatiques, policières, judiciaires et politiques font subir aux personnes qui dénoncent. »

Une institution sur les talons

En réponse à cette initiative, l’UQAM a entrepris des démarches avec Astral Média, le diffuseur publicitaire en charge des présentoirs, dans le but d’établir comment de telles affiches ont pu être installées. Le diffuseur a déclenché une enquête.

« C’est une campagne qui est frauduleuse. C’est vraiment une usurpation de l’identité de l’UQAM. C’est faux de A à Z en termes d’exécution. C’est une campagne qui est anonyme », affirme la directrice des relations avec la presse de l’UQAM, Jenny Desrochers.

D’avril à septembre, l’UQAM a procédé à une consultation portant sur la politique 16, qui encadre le harcèlement sexuel sur le campus. « Il y a une première analyse qui a été faite des commentaires qui ont été soumis. Ce n’est ni le ton ni les propos qui ressortent dans le cadre d’un premier coup d’œil de ces commentaires-là », rapporte Jenny Desrochers.

Les déléguées étudiantes désignées Stéphanie Thibodeau et Maxine Visotzky-Charlebois et les associations facultaires ont discuté de l’initiative lors d’une rencontre avec la rectrice Magda Fusaro lundi après-midi.

« Des exécutantes et exécutants ont rapporté de nombreux problèmes, notamment quant au délais de traitement et aux réponses qui étaient offertes aux personnes victimes qui venaient de faire appel aux services du BIPH, comme il est inscrit sur les affiches », ont indiqué les déléguées.

Stéphanie Thibodeau et Maxine Visotzky-Charlebois ont d’ailleurs soulevé le fait que sur son site Web officiel, le BIPH offre d’appeler ou d’écrire un courriel. Cependant, « aucun numéro de local pour rencontrer une personne intervenante n’est indiqué, soulignent-elles, ce qui nous apparaît pourtant comme un service nécessaire pour pouvoir faciliter la gestion des situations de crise lorsqu’il y a une situation de harcèlement et de culture du viol qui est vécue ».

Une situation plus large

Selon les résultats de l’enquête ESSIMU sur les violences sexuelles en milieu universitaire déposés en juin 2017, seulement une personne sur trois interrogée à l’UQAM croit que l’Université « est suffisamment proactive dans la prévention de ces actes ».

« Cette action invite les universités à ne pas faire que des relations publiques dans le dossier et à avoir une politique robuste », affirme la coauteure du rapport, Sandrine Ricci.

L’experte expose qu’il est important de former adéquatement les personnes responsables des enquêtes en matière d’agressions sexuelles. Elle ajoute qu’il est essentiel que le comité de révision des plaintes soit neutre.

L’UQAM n’est pas la seule institution visée par des dénonciations. Dans plusieurs universités québécoises, des groupes dénoncent le traitement des plaintes contre les violences sexuelles. La Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) publiait il y a quelques semaines une lettre reprochant à l’institution « le statu quo [qui] persiste et enracine davantage la loi du silence sur le campus ».  

En mars dernier, quelque 157 professeurs de l’Université McGill écrivaient une lettre ouverte à l’administration, exigeant la tenue d’une enquête externe sur le traitement des plaintes d’agression sexuelle sur le campus.

« Il m’apparaît essentiel de revoir le système de traitement des plaintes et de l’améliorer, croit Mme Ricci. Je pense que cette campagne témoigne d’un ras-le-bol. »

photos: SARAH XENOS et CAMILLE ROBILLARD MONTRÉAL CAMPUS

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