SociétéPhilosopher au féminin

François-Alexis Favreau25 octobre 20183 min

Pour promouvoir la parité entre les hommes et les femmes en philosophie et pour mettre en valeur l’œuvre de ces dernières, le groupe Fillosophie, chapeauté par six étudiantes de l’UQAM, organise des conférences académiques.

Les hommes représentent une majorité écrasante au sein du Département de philosophie de l’UQAM : trois membres du corps professoral sur seize sont des femmes. Cette représentation de 19 % est en deçà du taux de 25 % préconisé dans la convention collective du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Montréal (SPUQ).

L’enjeu de la représentativité est au cœur des préoccupations de Fillosophie, depuis sa création en 2013. « Notre mission n’est pas du tout de dire qu’il y a des différences entre les genres dans la manière de penser et de faire de la philosophie, nuance l’une des membres organisatrices du groupe, Cloé Gratton. Le travail des hommes et des femmes est tout aussi excellent et pertinent. »

En invitant des femmes philosophes en conférence, Fillosophie souhaite exposer des exemples de diversité au public, explique Cloé Gratton. « L’une des manières de déconstruire les stéréotypes, c’est d’exposer le travail des femmes aux gens », affirme l’étudiante, qui collabore au projet depuis 2015.

Pour une philosophie mixte

En plus d’être enseignée majoritairement par des professeurs masculins, la matière vue en classe provient surtout d’ouvrages réalisés par des hommes philosophes. « C’est difficile de m’identifier seulement à Socrate et Thomas d’Aquin, des hommes blancs, décédés depuis super longtemps, barbus et cisgenres », partage avec humour l’étudiante au baccalauréat en philosophie Tania Bustillo.

Assister aux conférences permet aux étudiantes de se reconnaître dans le travail actuel des femmes dans le domaine de la philosophie. « Ma place est légitime et je dois continuer dans ce qui me passionne, convient Tania Bustillo. Le combat n’est pas gagné, c’est pour ça que l’on continue d’exister, pour promouvoir le travail fait par les femmes, notamment en philosophie. »

Militantisme académique

« Les disciplines peuvent parfois, dans la transmission et la production de connaissances, avoir certains préjugés ou biais », explique l’étudiante à la maîtrise en philosophie Coline Sénac. En philosophie, la pensée des hommes est jugée plus rationnelle, tandis que le raisonnement des femmes est associé à l’émotivité, analyse l’étudiante.

Au début du 17e siècle, la pensée féminine n’était pas appréciée à sa juste valeur, alors associée à une révélation de Dieu. C’est le concept des femmes mystiques, qui ne pouvaient pas penser d’elles-mêmes, fait part Tania Bustillo. Les femmes ne pouvaient pas exercer la philosophie, étant seulement considérées comme des poètes, ajoute pour sa part la doctorante en philosophie Mylène Legault.

Fillosophie veut faire reconnaître l’apport des femmes en philosophie au grand public. C’est d’ailleurs l’une des ambitions de Coline Sénac. « Mieux partager la philosophie, c’est la sortir de sa petite tour d’ivoire, la replacer dans le monde », dit-elle.

« Pas besoin d’être féministe, militante ou militant pour avoir du fun à nos conférences. Avant tout, on veut juste ouvrir une fenêtre sur l’excellente philo qui est faite par des femmes », rappelle Cloé Gratton.

La prochaine conférence de Fillosophie aura lieu le vendredi 26 octobre de 14 h à 17 h à la Chaufferie (CO-R700), dans le Cœur des sciences de l’UQAM. La Professeure Sally Haslanger, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), parlera de ses recherches en philosophie, entre autres sur les injustices épistémiques.

Photo : ERIC MUSZYNSKI

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