UQAMLa rémunération des stages, une lutte à définir

Laurent Lavoie Laurent Lavoie24 septembre 20185 min

Les étudiants revendiquant la rémunération de leurs stages reviendront à la charge en déclenchant de nouvelles grèves au cours de la session, mais quelles sont les options réalistes qui s’offrent à eux ? Analyse.

La rectrice de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Magda Fusaro, a pris la parole ce vendredi devant une centaine d’étudiants et membres de l’administration pour faire le point sur les efforts qui sont réalisés pour trouver un consensus sur la rémunération des stages pour l’ensemble des domaines, dont l’enseignement.

Après plusieurs jours de débrayage au début de l’année, le conseil d’administration de l’UQAM avait porté la cause au Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), c’est pourquoi le tout est actuellement étudié par les universités québécoises qui évaluent chacun de leurs programmes. Trois sous-comités ont également été formés, dont un qui se concentre sur la question de la compatibilité entre « stagiaire » et « salarié ».

Si cette instance ne détient aucun pouvoir, elle compte toutefois fournir des recommandations au ministère de l’Enseignement supérieur. « Je crois, je le répète, […] il va falloir prendre en compte les diverses prérogatives nécessaires », a déclaré la rectrice.

Questionnée sur l’échéancier du BCI lors de son allocution, Magda Fusaro a indiqué qu’aucune date limite n’avait été établie pour soumettre lesdites recommandations. « On y va du plus vite que l’on peut. Nous voyons bien la nécessaire urgence », a-t-elle expliqué.

 


Méthodologie : le nombre d’étudiants pour chaque programme est basé sur les chiffres de l’automne 2017. Le nombre d’heures de stage a été établi en fonction des chiffres disponibles sur le site web de l’université.

Une étape de franchie

En avril dernier, le ministre des Finances du Québec, Carlos J. Leitão, faisait des heureux. Dans son budget préélectoral, il annonçait que pas moins de 15 millions de dollars allaient être versés sous forme de bourses compensatoires aux étudiants en enseignement pour leur quatrième et dernier stage.

Comme un salaire, la bourse est imposable. Par contre, celle-ci n’est pas sujette aux cotisations d’assurance-emploi et aucun montant n’est dû au Régime des rentes du Québec. « C’est important de comprendre cette nuance-là », insiste le responsable du diplôme d’études supérieures en administration scolaire à l’Université du Québec à Rimouski, Martin Maltais.

Ceux qui adhèrent à la Campagne de revendication et d’actions interuniversitaires des étudiant-es en éducation en stage (CRAIES) criaient victoire à la sortie du budget Leitão, puisqu’ils réclamaient une aide financière pour le quatrième stage. La Campagne unitaire pour le travail étudiant (CUTE), elle, en veut plus, exigeant un salaire pour l’entièreté des stages.

À noter que des stages rémunérés forceraient le gouvernement en place à modifier la Loi sur les normes du travail, encadrant du même coup plus strictement les conditions de travail. « Si la personne fait son stage 4 en milieu de travail, l’autre question qui va suivre c’est : est-ce qu’elle a des retenues de cotisations syndicales ? », ajoute M. Maltais, en entrevue avec le Montréal Campus.

 

« Une bourse, c’est une compensation. Si tu veux couper dans ton budget, tu peux couper là »

— La responsable à la coordination de l’Association des étudiants et étudiantes de la Faculté des sciences de l’Éducation (ADEESE), Emmanuelle Boisvert

 

À cet effet, la responsable à la coordination de l’Association des étudiants et étudiantes en sciences de l’éducation (ADEESE), Emmanuelle Boisvert, explique que les étudiants auraient ainsi « droit à des congés de maladie et on pourrait se protéger s’il nous arrive quelque chose, parce qu’[ils ne peuvent pas] en ce moment en tant qu’étudiant et étudiantes en stage. »

Coordonner les organismes

Autre facteur : le secteur privé. « [Un salaire en enseignement], ça implique que le gouvernement verse un montant à l’école privée [pour] ensuite verser le salaire [aux étudiants], indique Martin Maltais.

De ce côté, « le gouvernement subventionne déjà des entreprises privées pour qu’il y ait des stagiaires rémunérés. Donc la plupart des stages qui sont rémunérés en ce moment sont financés par le gouvernement en partie », rétorque Emmanuelle Boisvert.

Comparativement à certains domaines, le milieu de l’enseignement ne détient pas d’ordre professionnel. Une telle instance a un poids non négligeable dans la négociation entourant la rémunération des stages, notamment dans le domaine des sciences. 

L’Association facultaire étudiantes des sciences humaines (AFESH) et l’ADEESE tiendront une journée de grève le 25 septembre, soit en même temps que la tenue d’une séance du conseil d’administration.  

Au cours du mois d’octobre, la question de la rémunération des stages devrait être abordée par la Commission des études, instance chapeautant la vie académique des universités québécoises.

photo: ARCHIVES MONTRÉAL CAMPUS

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