CultureUn pas de plus vers la littérature numérique

Laurence Philippe Laurence Philippe16 août 20184 min

L’UQAM accueille cette année l’exposition ELO 2018 Attention à la marche !, un événement international dédié à l’intégration de la littérature électronique dans la culture numérique contemporaine. Regroupant une grande diversité d’œuvres et de technologies, l’exposition vise à faire valoir cette forme d’art encore peu connue du grand public.

« La marche, c’est l’écart à combler entre une culture de l’écran, une culture de l’imprimé et […] entre les différentes technologies », explique la coorganisatrice de l’événement et professeure au département d’histoire de l’art de l’UQAM, Joanne Lalonde.

Au milieu de la pièce, l’œuvre réalisée par Héloïse d’Almeida propose deux livrets dont les visuels se reproduisent en sons grâce à un système de reconnaissance d’image. « Le lecteur est en mesure de scanner [à l’aide d’une tablette électronique] les pages des deux livrets simultanément, et de retranscrire les traductions visuelles en une nouvelle combinaison sonore », peut-on lire dans le livret explicatif de l’œuvre.

L’organisation ELO (Electronic literature organization), qui présente chaque année une série d’expositions, de conférences, de lectures et de soirées de performances sous le thème de la littérature électronique, s’est installée pour la première fois à Montréal cette année.

Explorer pour mieux comprendre

Les médiums exploités, qui varient en fonction des artistes et de leurs intérêts ou compétences, passent par la réalité virtuelle, les pistes sonores, la réalité augmentée ou simplement par la vidéo. Il y a « autant de manières de concevoir [la littérature électronique] qu’il y a d’œuvres », mentionne Mme Lalonde.

Dans l’œuvre de réalité virtuelle The Aberration of the Translator, les artistes Qinxun Chen, Lucas Baisch et Theodora Walsh ont créé une série de phrases et de narrations dans plusieurs langues qui se combinent l’une à l’autre. « Le projet, qui cherche à interroger la convergence et la séparation des langues, crée un microcosme de collisions qui se brisent dans l’espace virtuel », expliquent-ils en anglais sur le site internet de l’exposition.

L’idée innovante d’introduire la littérature aux nouvelles technologies comporte toutefois une approche plus difficile. « Les œuvres ne répondent plus à des conventions déjà établies, et parfois la technologie elle-même doit être apprivoisée », soutient le coorganisateur de l’événement et professeur au département d’études littéraires de l’UQAM, Bertrand Gervais.

C’est d’ailleurs ce que confirme l’exposition Attention à la marche!. Environ 60 artistes, provenant du Québec comme de l’international, ont été sélectionnés afin de présenter leur création provenant de l’univers de la littérature électronique dans le cadre de l’édition 2018.

Lors du vernissage le 13 août dernier, ceux-ci étaient sur place afin d’expliquer au public non seulement le but de leur œuvre, mais aussi la façon de s’en servir et d’interagir avec celle-ci. « On doit accompagner les gens et leur expliquer le fonctionnement […], mais je ne pense pas que ce soit inaccessible. Je crois au contraire que ça suscite une adhésion », appuie la professeure au lycée Jacques-Prévert à Paris, Delphine Gauly.

Solliciter la recherche

Le paysage médiatique en constante évolution favorise d’ailleurs l’expansion des centres de recherche et de création dans le milieu universitaire. À l’UQAM, le laboratoire NT2, dédié à la recherche sur les œuvres hypermédiatiques, encourage la création de projets sur la littérature électronique et participe activement à la recherche dans ce milieu.

« Il y a toujours un passage d’un médium à l’autre et la littérature électronique est prise dans cette spirale où elle doit accélérer, comprendre les plateformes et s’adapter à l’environnement », explique Mme Lalonde. Elle ajoute que l’université est un milieu d’échange qui met en valeur ces avancées et qui apporte la discussion des enjeux émergents autour de la littérature électronique.

Les médias numériques, qui s’intègrent dans la société au quotidien, favorisent aussi ce genre d’avancements. Le public, qui connaît de mieux en mieux ces technologies, favorise donc d’une certaine façon le renouvellement des pratiques, mentionne M. Gervais. « Graduellement, on peut très bien voir cette technologie devenir centrale et s’imposer. Ça devient un lien qui est incontournable puisque l’illisible d’aujourd’hui est le lisible de demain ! », ajoute-t-il.

L’événement ELO 2018 Attention à la marche !, qui se tient jusqu’au vendredi 17 août, offre une exposition au Centre de design de l’UQAM ainsi que des soirées de performances accessibles au grand public tout au long de la semaine.

photos: LUDOVIC THÉBERGE MONTRÉAL CAMPUS

 

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