À la uneUQAMBras de fer à la TELUQ

Thomas Dufour Thomas Dufour19 mars 20184 min

Craignant d’être remplacés par des sous-traitants de la firme privée MATCI, les tuteurs de la Télé-université (TELUQ) ont manifesté, le 15 mars dernier, afin d’obtenir le soutien de la ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David, dans leurs négociations avec la direction.

Dans le cadre d’une restructuration historique de leur personnel amorcée en 2015, la TELUQ souhaite transférer une partie de la tâche des tuteurs vers les professeurs et le domaine privé.

La manifestation du 15 mars dernier survient au septième mois de la renégociation de la convention collective entre le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université (STTTU) et leur employeur.

C’est la première fois qu’une université en ligne canadienne opte pour une telle formule. L’idée derrière ce changement est de dégager de l’argent en sous-traitant les tâches de correction afin de réinvestir en enseignement.    

Dans la convention collective des professeurs, signée en mai 2017, la TELUQ envisageait de réduire le nombre de tuteurs pour laisser plus de place à une nouvelle catégorie de professeurs sous contrat. Selon le STTTU, l’employeur a annoncé en décembre que 75 % des postes de tuteurs seraient abolis.

Le Syndicat des professeures et des professeurs de la Télé-université (SPPTU) ne souhaite pas se prononcer sur la situation. Toutefois, le SPPTU rejette l’idée du STTTU selon laquelle la qualité de l’enseignement est affectée et souligne l’embauche de 18 nouveaux professeurs sous contrat depuis l’adoption de leur convention collective.  

Des effets avérés

Les effets de ces changements à la TELUQ se font sentir chez de nombreux tuteurs qui se sont retrouvés sans emploi dans les deux dernières années. Une partie du travail de correction a ainsi migré vers le privé, alors qu’une partie de l’encadrement a été reprise par les professeurs.

En septembre 2016, la sous-traitance dans quatre programmes en langue avait forcé un tuteur sur cinq dans ce domaine de quitter son poste. « Des tuteurs qui avaient perdu leurs emplois avaient été approchés par l’institut privé [MATCI], mais on leur a dit que ce serait à vingt dollars de l’heure et de façon non syndiquée », expose la présidente du STTTU, Nancy Turgeon, en rappelant que le salaire moyen approximatif pour un tuteur à la TELUQ est de cinquante dollars de l’heure. Cependant, les deux tâches ne sont pas équivalentes, puisque la firme privée ne reprend que la correction.

« Pour nous, le message c’est que la formation à distance ne peut pas être privatisée ni sous-traitée. Ça doit passer par des personnes qui ont développé une expertise », soutient Nancy Turgeon.

Un message qui ne fait pas l’unanimité

Tous ne sont pas d’accord avec cette idée. « Ce n’est pas de la sous-traitance, croit le professeur en sciences de l’éducation à l’UQAR Martin Maltais. L’analyse que je fais de ce dossier, c’est que c’est le modèle qui est en train d’évoluer. Les tuteurs sont moins nécessaires dans le modèle vers lequel la TELUQ s’en va », soutient-il en ajoutant que ce n’est que la correction qui est attribuée à une firme externe.

Ce n’est pas la première fois que le modèle change, rapporte M. Maltais. Le professeur fait le parallèle entre la situation à la TELUQ et l’arrivée de chargés de cours dans le monde universitaire dans les années 60-70.

« Avant, les cours étaient donnés par des profs exclusivement. À un certain moment, on a commencé à embaucher des chargés de cours qui provenaient du secteur privé. Ce qu’on donnait à ces gens-là, ce n’était tellement pas grand-chose qu’on a commencé à généraliser leur utilisation et à moins embaucher de professeurs. La première activité de sous-traitance, c’est celle-là », relate l’expert en gouvernance en éducation.     

Le Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université est toujours en négociation. Dans une lettre publiée dans le journal Métro le 13 mars dernier, des syndicats de chargés de cours de nombreuses universités québécoises, dont celui de l’UQAM, avaient appuyé les revendications du STTTU.  

 

photo :  THOMAS DUFOUR MONTRÉAL CAMPUS

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