À la uneUQAMBIPH : un suivi en dents de scie

Après une année 2017 marquée par le mouvement #MoiAussi, le nombre de signalements de nature sexuelle soumis au Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement (BIPH) de l’UQAM a augmenté de 20 % par rapport à l’année précédente. Des lacunes bureaucratiques sont toutefois dénoncées dans le traitement des plaintes.

Parmi les 22 signalements formels déposés au BIPH cette année, six d’entre eux étaient de nature sexuelle, comparativement à un signalement sur quinze l’année dernière.

Bien que 145 dossiers aient été ouverts, selon le rapport 2016-2017 du BIPH soumis au conseil d’administration le 30 janvier dernier, seulement 22 plaignants ont choisi d’entreprendre la démarche formelle, qui consiste à déposer un signalement contre une personne qui les harcèle.

« Chaque signalement est vérifié par des avocats externes spécialisés en matière de harcèlement psychologique qui analysent si la plainte rencontre la définition légale du harcèlement psychologique », mentionne la directrice du BIPH, Maude Rousseau.

En 2016-2017, quinze signalements ont été jugés recevables et tous les plaignants concernés ont choisi de poursuivre en enquête. Ce processus, qui a pour but la vérification du fondement d’une plainte, a révélé que treize d’entre elles étaient fondées, alors que deux ne l’étaient pas. Le taux de recevabilité des plaintes de nature sexuelle n’a cependant pas été divulgué.

Six signalements n’ont d’ailleurs pas entièrement répondu aux critères légaux. Ces personnes ont été redirigées vers la démarche informelle avant même que l’authenticité des faits rapportés ne soit vérifiée. « Ce n’est pas parce que le signalement n’est pas recevable qu’il n’y a pas de problème », assure toutefois Mme Rousseau. Elle précise que cette démarche vise à offrir une aide psychologique aux plaignants.

Bien qu’il y ait eu une hausse de 55 % des plaintes jugées recevables au BIPH entre l’année scolaire 2015-2016 et la suivante, ces chiffres ne peuvent être analysés selon une échelle de gravité des actes dénoncés.

« C’est difficile d’associer des circonstances à ces chiffres, explique Mme Rousseau. Pour la présente année, avec tout le contexte de dénonciation #MoiAussi, c’est sûr que ça incite les gens à consulter le BIPH. Dans un sens, c’est tant mieux, car les gens qui vivent des difficultés osent parler. »

« J’ai l’impression qu’il y a eu un travail sur le processus parce qu’il y a eu plusieurs cas à l’UQAM qui ont atteint l’image et la réputation de l’établissement. La vague #MoiAussi rend aussi les universités plus sensibles à la question. C’est ce qui fait en sorte qu’ils ont revisité ce processus », appuie l’ancien responsable académique de l’Association des baccalauréats interdisciplinaires des champs d’études politiques (ABICEP) de 2013 à 2016, Powen-Alexandre Morin.

Accompagnement critiqué

Le Syndicat des étudiant-e-s employé-e-s de l’UQAM (SÉTUE) dénonce quant à lui « le fait que les plaignants et plaignantes ne reçoivent pas de relation d’aide au BIPH parce qu’il ne s’agit pas d’intervenant-e-s spécialisé-e-s ni de travailleurs-e-s social-e-s », commente par courriel la responsable aux communications du SÉTUE, Catherine Paquette.

Le long processus et la bureaucratie, qui prennent parfois le dessus sur l’accompagnement psychologique, sont des lacunes importantes au BIPH, estime Powen-Alexandre Morin, qui a accompagné une vingtaine de personnes dans le processus de dépôt de signalement au BIPH.

Le traitement d’un signalement, qui s’étend sur trois à quatre semaines, est un délai raisonnable, croit néanmoins la directrice du BIPH.

« Il y a un enchaînement de rendez-vous et on ne sait plus à qui adresser nos plaintes, affirme M. Morin. Devoir répéter son histoire encore et encore a dû empêcher énormément de gens de faire la fameuse plainte formelle. »

Difficile de porter plainte

L’ancienne présidente de l’Association étudiante des études avancées en philosophie (AEEAP) Roxane Noël raconte avoir été la cible de commentaires haineux lors de son passage au baccalauréat en philosophie de l’UQAM. « C’était surtout du harcèlement sur Facebook à travers de faux comptes, qui me menaçaient ou qui me traitaient de noms », explique-t-elle.

Après avoir terminé son baccalauréat en 2016, Roxane Noël a quitté Montréal pour entamer sa maîtrise en philosophie à l’Université de l’Alberta. Ses détracteurs n’ont pas raté l’occasion d’en ajouter. « On m’envoyait beaucoup de ‘‘Bon débarras’‘ ou ‘’On n’a pas besoin d’une conne comme toi dans notre département’’ », se rappelle-t-elle.

L’exemple de faux comptes, qui ne permettait pas de relier le harcèlement à une personne en particulier, est d’ailleurs ce qui a empêché Mme Noël d’opter pour la démarche formelle lorsqu’elle a consulté le BIPH.

Répondre à des besoins

Le rapport 2016-2017 fait d’ailleurs mention des nombreuses activités de sensibilisation mises sur pied au cours de l’année, comme la campagne « Sans oui, c’est non! ».

Le Bureau d’intervention et de prévention en matière de harcèlement a également mis en place un comité de révision de la Politique 16, qui vise à améliorer les conditions de prévention, de traitement des plaintes et de soutien aux victimes de violences sexuelles. Alors que la Politique 16 actuelle ne semble pas soutenir de façon suffisante les victimes de harcèlement, le comité institutionnel contre le harcèlement sexuel, mis en place il y a trois ans, n’a pas encore déposé une politique finale.

« Ce sont des changements majeurs, puisque tous les éléments demandés dans le projet de loi 151 devront se retrouver dans la nouvelle mouture de la Politique 16 », explique la directrice du BIPH, Maude Rousseau. La communauté universitaire sera invitée à se prononcer sur cette nouvelle version de la politique d’ici le mois d’avril, ajoute Mme Rousseau.

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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