Opinion>Méfaits diversUne balade dans le passé

Maude Petel-Légaré12 mars 20183 min

Si je vous dis qu’un touriste connaît probablement mieux Montréal que vous, est-ce que cela vous étonne?

Pensez-y. Combien de fois vous êtes-vous demandé si une place publique avait une signification particulière? À quand remonte votre dernière visite historique de la métropole?

Vous êtes peut-être l’un de ceux qui ont participé aux nombreuses activités historiques organisées dans le cadre du 375e anniversaire de la Ville, mais auparavant, vous étiez-vous déjà interrogé sur son histoire, ses quartiers et les gens qui y habitaient autrefois?

À l’automne dernier, j’ai pris part à une visite guidée qui se déroulait sur le boulevard Saint-Laurent et qui se terminait dans le Plateau-Mont-Royal. Accompagnés d’une guide, nous avons sillonné la rue passante et les ruelles qui l’entourent. Grâce à l’architecture, elle a été capable de dessiner la vie d’une autre époque qui m’était complètement inconnue. Ces deux heures de marche ont été une immersion fascinante dans le Montréal du début du 20e siècle, où les symboles hébraïques se mélangeaient à l’écriture yiddish de ce quartier autrefois reconnu comme le quartier juif de Montréal.

J’ai réalisé que je ne connaissais pas du tout ma ville. Curieuse d’en apprendre davantage, je me suis intéressée à l’histoire du Quartier latin. Le Refus global, ce fameux manifeste artistique rédigé par Paul-Émile Borduas où il rejette le dogme religieux catholique en 1948 a été lancé dans une librairie bohème du quartier. La place Pasteur appartenait autrefois à Louis-Joseph Papineau et a été léguée à la Ville pour qu’elle reste toujours une place publique. Le « Quartier latin » est une expression parisienne qui signifie « l’arrondissement où s’élevait l’université, dont l’enseignement était dispensé en latin ».

J’étais éblouie par la richesse de notre histoire. L’architecture, unique témoin du passé, m’a permis de m’imaginer le Quartier latin d’une autre époque. J’y ai remarqué l’amalgame fascinant entre les pavillons de brique brune imposants de l’UQAM, les vestiges abandonnés qui dépérissent, les tours de bureaux corpulentes, les audacieuses murales colorées, les ruelles angoissantes et les vieilles demeures victoriennes transformées en mille et un bars et cafés-terrasses. Un quartier unique où modernité et temps révolus se côtoient.

Lorsqu’on est touriste et que l’on visite une ville, on désire acquérir le plus de connaissances possible sur l’endroit, que ce soit en flânant dans les rues, guide touristique à la main, ou en participant à des visites culturelles. On y apprend non seulement l’histoire et la tradition politique de la région visitée, mais aussi les petits moments qui ont forgé la ville et ses quartiers. Ces mêmes anecdotes et faits historiques existent également à Montréal, mais la majorité des Montréalais ne les connaissent pas. Faute de temps ou d’intérêt, on ne s’y attarde pas. Pourtant, ceux-ci nous permettent de comprendre notre passé, et surtout de nous faire une idée de la métropole à une autre période.

Le boulevard De Maisonneuve a eu trois noms différents. De 1796 à 1894, c’était la rue Mignonne, puis la rue De Montigny jusqu’en 1966. C’est pourquoi, jusqu’au 1er janvier 1988, la station de métro Berri-UQAM se nommait la station Berri-de-Montigny. Quant à la place Émilie-Gamelin, elle accueillait autrefois un couvent de religieuses qui venait en aide aux sans-abris. Après sa démolition pour construire la station de métro Berri-de-Montigny, le terrain devait accueillir dans les années 1980 la nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de Montréal. Le projet a été abandonné par le gouvernement libéral quelques années plus tard.

Après avoir lu ce dossier historique, baladez-vous dans le quartier et regardez attentivement les différents immeubles qui s’imbriquent les uns dans les autres. Imaginez le quartier à l’époque de la bourgeoisie catholique française, de l’avant-guerre, de l’après-guerre, de la Grande Noirceur et de l’inauguration de « l’université du peuple » dans les années 70. Prenez le temps d’observer et de mieux connaître le quartier qui vous entoure. Vous y trouverez un monde complètement métamorphosé et surtout envoûtant. Pour un instant, devenez touriste dans votre propre ville.

 

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