Opinion>En coulissesPorter les femmes derrière l’écran

Luca Max12 mars 20183 min

L’édition 2018 des Golden Globes a soulevé les foules. Avec plusieurs excellents films en lice dans différentes catégories et une atmosphère lourde à la suite du tollé suscité par l’affaire Weinstein, l’événement a fait vivre son lot d’émotions.

Lady Bird a remporté le prix du meilleur film musical ou de comédie, une oeuvre semi-autobiographique de Greta Gerwig. Ironie du sort, la réalisatrice de 34 ans n’était pas nommée dans la catégorie de la meilleure réalisation. Tous les nommés dans cette catégorie s’avéraient être des hommes.

En plus de Greta Gerwig, l’omission de Dee Rees et Patty Jenkins, réalisatrices des films Mudbound et Wonder Woman, a également été décriée. Barbra Streisand a d’ailleurs soulevé le problème, soulignant qu’elle avait été la seule femme à avoir remporté ce prix… en 1984.

Il est dommage que des artistes d’un si haut calibre soient écartées et que la liste des nommés soit au final exclusivement masculine.

Plusieurs diront que l’opinion populaire ne dicte pas les nominations, que les journalistes formant la Hollywood Foreign Press Association se basent peut-être sur des critères plus précis, plus serrés pour juger de la pertinence d’une nomination.

Certains sont montés aux barricades sur les réseaux sociaux, clamant que l’absence de femmes était probablement légitime. On aura tout vu : « Ce n’est pas de ma faute si les femmes ont moins de talent », « il n’y a pas de femmes en réalisation, comment peut-on se plaindre qu’aucune ne soit nommée dans cette catégorie? ».

Ces phrases sont courantes dans trop de domaines et sont le reflet d’une fausse croyance : que les femmes sont sous-représentées parce qu’elles n’arrivent pas à la cheville des hommes.

Mauvaise représentation

Si le fait est que les femmes sont effectivement moins présentes dans le milieu de la réalisation, est-ce que cela repose uniquement sur la personnalité des femmes ou sur la difficulté d’intégrer un milieu encore majoritairement masculin? Auparavant, on notait l’incompatibilité du travail de mère avec le métier de réalisatrice. Certains disent aussi que les femmes sont de meilleures organisatrices et travaillent donc plus souvent dans l’ombre en exerçant des métiers qui ne les mettent pas en lumière. Les hommes, quant à eux, seraient plus créatifs et expressifs. De jolis stéréotypes, ma foi.

En 2010, Kira Cochrane publiait un article dans le journal britannique The Guardian expliquant pourquoi les réalisatrices étaient quasi absentes dans le monde du cinéma. Selon Martha Coolidge, interviewée par la journaliste, si les réalisateurs avaient pour seul but de faire de l’argent et non pas de profiter d’un entourage composé de belles femmes, ils auraient pu travailler à Wall Street.

Un homme ne choisit certainement pas son métier en se basant sur de tels critères. Or, à voir le mouvement Time’s Up et les scandales nombreux dans la même veine que celui d’Harvey Weinstein, il existe certainement une culture du viol dans ce milieu vraisemblablement sexiste.

Femme modèle

Comme le dit Kira Cochrane, moins il y a de réalisatrices, moins il y a de modèles pour les jeunes filles. Moins il y a de réalisatrices, moins il est normal de voir une production dirigée par celles-ci et plus on banalise le fait que les hommes soient à la tête de ces créations cinématographiques.

Dans son texte, Kira Cochrane souligne que le sexisme, les différences hommes-femmes et l’enjeu de la maternité sont présents dans toutes les sphères majoritairement masculines. L’industrie cinématographique ne ferait que les amplifier. La réalisatrice de Wayne’s World, Penelope Spheeris, a expliqué à Mme Cochrane que lorsque les enjeux sont aussi importants et les sommes d’argent, aussi faramineuses, c’est la loi de la jungle.

Le problème, ici, n’est pas de former quelqu’un à un métier trop imposant. Il repose dans l’absence de reconnaissance du travail des femmes, toutes aussi capables et talentueuses que des hommes.

 

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