À la uneCultureL’art pour sortir de sa carapace

François Carabin15 février 20184 min

Le centre de la petite enfance Tortue têtue, basé à l’UQAM, valorise une multitude de formes d’art pour contribuer à l’épanouissement des jeunes enfants qu’il supervise, une méthode qui n’est pas prônée partout dans la province.

L’art est une priorité au centre de la petite enfance (CPE) de l’UQAM. Ici, des panneaux spéciaux ont été installés sur les murs pour permettre aux enfants de dessiner à leur guise.

En cette matinée de février, au CPE situé dans le pavillon Sainte-Catherine, un brouhaha se fait entendre. Éclairés par une lampe tamisée, cinq enfants s’en donnent à coeur joie sur des djembés, des bongos et des maracas. Chaque jour, les jeunes ont accès à ces instruments, en plus de pouvoir toucher à l’argile, la peinture et au bricolage, par exemple. Hormis ces activités, la garderie compte bientôt offrir des ateliers de théâtre à ses tout-petits.

« Les programmes que nous offrons sont basés sur l’expression à travers différents médiums, note la directrice générale de l’établissement, Sylvie Martel. Nous essayons de mettre les enfants dans une situation où ils peuvent vraiment explorer. »

Cette exploration de la matière agit comme vecteur de développement pour les petits résidents de Tortue têtue, mais aussi pour n’importe quel enfant mis en contact avec l’art. « Un enfant n’exprime pas nécessairement ce qu’il ressent de façon verbale, explique le professeur au Département de psychologie de l’UQAM Pierre Plante. Il utilise d’autres façons de traduire ce qu’il ressent. L’usage de l’art chez l’enfant se fait dans une tradition corporelle et kinesthésique ainsi que dans une exploration tactile de la matière. »

Sylvie Martel voit les choses du même oeil, précisant au passage l’importance de la variété artistique dans l’évolution d’un petit. « L’art permet à l’enfant de s’exprimer et de faire des découvertes, observe-t-elle. Ce ne sont pas tous les enfants qui ont de la facilité à parler. Ils peuvent donc dessiner, chanter et danser leurs connaissances. »

Chacun sa priorité

Selon l’éducatrice Nathalie Beaulieu, qui a oeuvré pendant plus de vingt ans dans un autre centre de la petite enfance avant de se joindre au CPE de l’UQAM, les programmes proposés dans les différentes garderies de la province peuvent varier énormément. Si l’art est promu dans l’identité même de Tortue têtue, ce ne sont pas tous les CPE qui mettent l’expression artistique au premier plan.

« Là où je travaillais avant, nous savions où nous voulions aller et nous alignions les enfants sur ça, se rappelle Mme Beaulieu. Ici, nous les laissons les explorer, et la créativité est plus présente chez eux. Je trouve que les enfants, [ici], sont plus épanouis. »

Le programme éducatif actuel du gouvernement du Québec ne présente pas de mesures directement reliées à l’art. Des sphères plus générales, comme les dimensions affective, physique et sociale, par exemple, y sont abordées. Or, le but ultime du plan gouvernemental demeure le développement global de l’enfant. « Le programme est libre à l’interprétation de chaque CPE », constate Sylvie Martel.

Donner le choix

Dans le développement cognitif en bas âge, l’art doit être proposé, non pas imposé, selon le professeur Pierre Plante. Toute méthode est bonne tant que les enfants détiennent la liberté de créer à leur goût.

« Il ne faut pas instaurer une manière évaluative où les enfants réalisent tous le même projet,  souligne-t-il. [Une trop grande valorisation d’un projet par rapport à un autre] est un peu malsaine. Il faut encourager l’exploration et maintenir la flexibilité de la pensée et la curiosité. »

L’importance du choix de l’enfant devient donc majeure. « Nous n’obligeons pas, affirme Nathalie Beaulieu. L’enfant a une multitude de possibilités et il est libre de faire l’activité qu’il préfère. Il va développer sa créativité à travers ça. »

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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