À la uneSociétéSe restreindre pour la cause

Laurence Philippe Laurence Philippe14 février 20183 min

Les étudiants qui ont un penchant pour la consommation excessive d’alcool durant leur passage à l’université ne réduisent pas forcément celle-ci après avoir terminé leurs études. Certaines séquelles physiques et mentales peuvent même perdurer dans les années suivant la collation des grades.

« Lorsque les gens quittent l’université, la norme, c’est de devenir plus mature et de ralentir sa consommation d’alcool. Les personnes qui boivent spécifiquement pour faire face à l’anxiété ont tendance à ne pas passer par cette étape de maturation normative », explique la chercheuse et professeure de psychologie à l’Université Concordia Roisin O’Connor.

Au-delà du facteur génétique, l’environnement dans lequel l’individu évolue et sa condition psychologique doivent aussi être pris en compte pour expliquer le phénomène, affirme-t-elle. Les soirées encourageant la consommation d’alcool ou le stress causé par le fait de quitter l’université peuvent devenir des facteurs de consommation excessive chez les jeunes universitaires.

Celle-ci est d’ailleurs présente chez 44 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans, selon une étude réalisée entre 2013 et 2014 par l’Institut national de santé publique du Québec.

La banalisation du phénomène de consommation excessive d’alcool ne le rend pas pour autant moins dangereux pour la santé. « Je fais toujours une distinction entre ce qui est normal et ce qui est sain », ajoute Mme O’Connor.

Le défi 28 jours

Pour conscientiser leur entourage à l’abus d’alcool, pas moins de 7 000 Québécois se sont inscrits cette année au défi « 28 jours sans alcool », qui bat son plein durant le mois de février. Les fonds amassés lors de la campagne sont injectés dans des activités de prévention dans des écoles secondaires du Québec. Le mouvement, lancé il y a cinq ans par la maison Jean-Lapointe, touche de nombreux étudiants universitaires.

Prendre une pause d’alcool est bénéfique pour les étudiants, autant pendant leurs études qu’après celles-ci, confirme la directrice générale de la Fondation Jean-Lapointe, Anne-Élisabeth Lapointe. « Le sommeil, la mémoire, le système digestif et la nutrition vont s’améliorer rapidement et ça a un impact fort probable sur les résultats scolaires », souligne Mme Lapointe.

Le défi « 28 jours sans alcool » invite les Québécois à adopter des habitudes de consommation saines, même lors du passage à l’université. « Il y a une multitude de raisons qui expliquent pourquoi ces personnes consomment anormalement, ce qui veut dire qu’il y a différentes interventions auxquelles nous devons avoir recours », explique la professeure Roisin O’Connor.

Accéder aux ressources

L’UQAM tient aussi à venir en aide aux étudiants qui développent un problème de consommation d’alcool. Le Centre sportif de l’UQAM propose un programme de promotion de la santé, SantéCS, qui valorise la consommation raisonnable d’alcool. Des vidéos informatives ou des alcootests offerts gratuitement lors des initiations universitaires sont proposés aux étudiants.

« Il y a l’information du gouvernement qui circule depuis quelques années concernant le calage ou la consommation excessive », explique la responsable du programme SantéCS, Andrée Dionne. Elle mentionne que le programme se concentre sur l’aspect de la prévention. Ainsi, un étudiant n’y trouvera pas nécessairement les ressources nécessaires pour vaincre sa dépendance.

L’aide d’un psychologue spécialisé en changement de comportements est tout de même offerte au Centre sportif dans le but de venir en aide aux étudiants aux prises avec un problème relié à l’alcool.

« Il y a beaucoup de prévention et d’aide offerte aux étudiants lorsqu’ils sont à l’université. Mais, ils doivent être mieux équipés et obtenir un soutien adéquat lorsqu’ils quittent l’université », remarque Mme O’Connor, qui souhaite que les problèmes des étudiants soient reconnus même après leur études universitaires.

 

photo : SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS

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