À la uneSociétéL’UQAM non genrée : encore du travail à faire

Jérémie Lachance7 février 20184 min

Bien que la direction de l’UQAM affirme avoir entrepris des démarches afin de mieux cerner les besoins des étudiants non binaires, aucune mesure concrète n’a vu le jour depuis la publication du rapport de l’ombudsman le printemps dernier. 

Étudiant en biologie à l’UQAM depuis deux ans, Salix, qui ne s’identifie à aucun genre, soutient que l’Université devrait en faire davantage afin de mieux intégrer les étudiants non binaires. Malgré les demandes de plusieurs étudiants, l’UQAM réclamerait encore que le genre soit inscrit dans les documents officiels, prétextant des contraintes informatiques. « C’est comme si on niait qui j’étais », déplore-t-iel*, tout en affirmant que des démarches légales doivent être entreprises si une personne trans ou non binaire souhaite changer officiellement son statut à l’UQAM.

Une telle requête serait complexe à entreprendre et demanderait beaucoup d’argent, en plus d’être pratiquement inaccessible aux étudiants étrangers en raison de leur statut de non-résident.

La personne non binaire doit donc elle-même aborder le professeur si elle veut se faire interpeller correctement. « De la façon que le système fonctionne, je suis presque obligé de me signaler à chaque fois que je commence un cours, déplore Salix, affirmant ressentir de la menace à l’intérieur même de l’UQAM.

Salix soutient aussi que les cours proposés ne sont pas adaptés à la réalité des personnes trans et non binaires. Plusieurs étudiants n’ont donc d’autres choix que d’annuler certains de leurs cours, retardant ainsi leur cheminement scolaire. « Dans les descriptions de cours, on va utiliser les termes maman-fœtus au lieu de parent-fœtus. Juste dans la description, tu sais qu’ils excluent les personnes intersexes et les personnes trans », explique l’élève en biologie, qui a dû annuler un cours cette session-ci pour cette raison. 

Une réalité méconnue

Bien que de plus en plus d’étudiants s’affirment non binaires, cette réalité demeure assez floue pour plusieurs. Selon la professeure en sexologie à l’UQAM Denise Medico, la non-binarité est une « expression de genre qui ne correspond pas aux stéréotypes sociaux […] d’une manière qui est suffisamment importante pour que [la personne non binaire] ait l’envie ou le besoin de s’identifier en dehors de ses critères visuels. »

Denise Medico soutient que la non-binarité demeure encore un sujet tabou dont on entend peu parler, isolant davantage les personnes de cette communauté. « On a remarqué que c’était plus difficile, affirme-t-elle. Il y avait encore plus de stigmatisation et de vulnérabilité [chez les personnes non binaires] que chez les personnes homosexuelles. »

Des changements qui prennent du temps

La direction de l’UQAM affirme par ailleurs prendre la situation très au sérieux. Malgré le peu de changements concrets depuis la publication de son rapport au printemps dernier, l’ombudsman de l’UQAM, Muriel Binette, affirme être très enthousiaste quant à l’état des choses.

« La vice-rectrice (Magda Fusaro à l’époque) a bien pris la situation en main et s’est attaquée au problème rapidement », soutient l’ombudsman, qui affirme être surprise de l’efficacité avec laquelle l’UQAM a agi. Le bureau de la rectrice Magda Fusaro a cependant affirmé que les changements promis « prendraient du temps » en raison de la complexité de la situation.

Muriel Binette explique que ces délais sont liés à un problème systémique. « Il ne faut pas traiter un dossier un à la fois, il faut régler la situation dans son ensemble », précise l’ombudsman. Cependant, selon Salix, il ne pourrait y avoir de réels changements que s’il y avait une meilleure compréhension de la situation.

Salix soutient que tout changement devra passer par une meilleure connaissance du public. « Il y a beaucoup de gens qui pensent que c’est à nous de les éduquer, mais non. Ce n’est pas à moi d’expliquer à tout le monde que je rencontre », affirme-t-iel. Sans cela, la stigmatisation entourant les personnes non binaires risque de perdurer et de laisser de profondes cicatrices.

*« iel » est un pronom non genré utilisé notamment pour faire référence à une personne non binaire.

photo : MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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