À la uneSociétéLa scène politique américaine à la portée de tous

François-Alexis Favreau10 janvier 20184 min

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump est aussi spectaculaire qu’incontournable dans le prisme politique américain, soutient l’analyste politique et chercheur à l’UQAM Rafael Jacob. Dans cet entretien en questions-réponses, il explique au Montréal Campus quelques-uns des enjeux mis à l’étude dans son tout dernier ouvrage collectif, Le conservatisme à l’ère de Trump, en librairie dès le 10 janvier.

Rafael Jacob concentre ses travaux à la Chaire Raoul-Dandurand sur l’étude et l’analyse de la politique, plus spécifiquement aux élections américaines. Il est actuellement candidat doctoral à l’Université Temple à Philadelphie où il a également enseigné la politique intérieure américaine.

Quels enjeux contemporains sont mis à l’étude dans Le conservatisme à l’ère de Trump?

Tout d’abord, on y présente l’état du conservatisme comme philosophie politique aux États-Unis de manière générale. Également, on parle de l’état du Parti républicain, qui est depuis des décennies le porte-étendard principal du conservatisme aux États-Unis. Le livre est une vue d’ensemble du prisme de la candidature et de la présidence de Trump.

Comment expliquer l’élection du Parti républicain en 2016 malgré la descente symptomatique de George W. Bush huit ans auparavant ?

Puisqu’il existe un système bipartite aux États-Unis, il n’y a pas beaucoup d’autres options si les citoyens ne sont pas satisfaits du statu quo. La population américaine était très insatisfaite au terme de la présidence de Bush. L’alternative était donc le Parti démocrate dirigé par Barack Obama. Rapidement, l’électorat est devenu insatisfait de la performance de l’administration démocrate à la suite de l’année 2009. L’insatisfaction additionnée à des histoires républicaines au Sénat et à la Chambre des représentants a érodé la popularité du Parti démocrate. Ce concours de circonstances a culminé à l’élection de Donald Trump en 2016.

Les Américains seront appelés à renouveler la composition de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat d’ici dix mois, à l’occasion des élections de mi-mandat. Quelles sont vos prédictions quant au scrutin ?  

Ce qu’on risque de voir en 2018, c’est un nouveau retour du balancier, c’est-à-dire probablement des victoires assez importantes du Parti démocrate lors des élections de mi-mandat. Depuis quelques années, c’est assez spectaculaire de voir combien le vent tourne de manière drastique et de façon répétée. Cette année risque d’être un nouvel exemple de cela.

Prévoyez-vous un retour du Parti démocrate lors des prochaines élections présidentielles de 2020 ?

Pour reprendre une expression consacrée, « si la tendance se maintient », les chances pour le Parti démocrate de faire des gains substantiels au Congrès semblent très bonnes. Comment cela va se traduire ? On verra. Il est tôt pour faire des prédictions à près de trois ans d’avis. 

L’un des chapitres de votre ouvrage traite de « populisme nationaliste ». Pouvez-vous définir ce terme ?

Le concept pourrait être matière à réflexion pour un ouvrage en entier. Le populisme à la base peut être associé autant à la gauche qu’à la droite. Le discours inaugural du président américain en janvier dernier est une ode au populisme. Pour ce qui est du nationalisme, Donald Trump est très particulièrement nationaliste. Plusieurs présidents dans l’histoire des États-Unis ont rejoint l’angle du patriotisme, George. W. Bush par exemple. Donald Trump manifeste un patriotisme plus prononcé. En résumé, l’idée derrière le populisme nationaliste, c’est de s’incarner comme champion des gens ordinaires, de s’opposer aux élites et de faire passer la population américaine avant les intérêts des autres pays du monde.

Assiste-t-on à une radicalisation du discours politique découlant de ce nationalisme ?

L’expression « radicaliser » doit être utilisée avec prudence. Certains enjeux de la campagne de Trump sont radicaux. Par exemple, certains de ses propos sur l’immigration le sont, tout comme son ambition de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique et de leur faire payer. Cependant, si l’on fait un amalgame des positions politiques de Trump, je crois qu’il est davantage près du centre droit dans le spectre politique américain. Je rejette catégoriquement l’idée que l’ensemble du discours de Trump est radical.

Pourquoi se procurer Le conservatisme à l’ère de Trump ?

Très simplement parce que c’est le sujet le plus en vogue au monde, c’est-à-dire Donald Trump. C’est un incontournable, Donald Trump suscite la fascination, pour les bonnes ou les mauvaises raisons. Au-delà de l’aspect tape-à-l’œil de la présidence Trump, il y a de très grandes questions de fond qui méritent notre intérêt. Il s’agit de la plus grande démocratie, du pays le plus puissant encore aujourd’hui malgré la montée de la Chine et d’autres pays. En outre, les États-Unis sont notre allié, notre partenaire et notre voisin, il nous incombe de savoir ce qui s’y passe.

Qui a participé à l’écriture du livre ?

L’avantage spécifique du livre c’est qu’il a été rédigé par la « relève » de l’étude de la politique américaine. C’est un ouvrage collectif qui a été réalisé presque exclusivement par de jeunes chercheurs. À une exception près, ce sont tous des gens qui sont associés à la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal. Le contenu est sérieux et étoffé, mais ce n’est pas une « brique ».

 

photo: MICHAËL LAFOREST MONTRÉAL CAMPUS

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