À la uneCultureDenis Villeneuve, le modèle

Félix Pedneault12 décembre 20175 min

Félicité par l’UQAM par la remise d’un doctorat honoris causa pour avoir marqué le cinéma québécois, Denis Villeneuve est un phénomène qui fascine les foules par son parcours fulgurant. Sa carrière met en lumière le travail titanesque que devront accomplir les diplômés en cinéma dans leur quête du succès.

« Je ne suis pas un exemple à suivre, a déclaré Denis Villeneuve durant son allocution. Pour obtenir ce doctorat, ça m’a pris 30 ans et j’ai dépensé plus de 300 millions de dollars. » Denis Villeneuve a lui-même dissuadé avec humour ceux qui voudraient s’inspirer de son parcours, le 10 février dernier, alors que son alma mater lui a remis un doctorat honorifique.

Pourtant, on ne peut pas ignorer que Denis Villeneuve est probablement le cinéaste le plus influent de l’histoire du Québec, estime le diplômé en cinéma à l’UQAM Alec Pronovost. « Il est respecté par ses admirateurs, par les critiques et par ses pairs. Il a un statut d’auteur, mais il est aussi capable de prendre en charge de gros films de studios, explique M. Pronovost. En ce moment, il est dur de trouver un cinéaste mieux positionné. »

En gagnant la Course Europe-Asie 1990-1991 organisée par Radio-Canada juste après ses études en cinéma, Denis Villeneuve a eu la chance de tourner un film en Jamaïque financé par l’ONF.

Alec Pronovost croit qu’il est irréaliste d’accomplir les mêmes projets que le célèbre cinéaste, bien que ce dernier soit inspirant. « Le cinéma n’est pas un milieu facile et je ne pense pas que ça devrait l’être », affirme-t-il.  

Le finissant en cinéma de l’Université Concordia, Geoffrey Dallaire-Gagné, ajoute « qu’on doit se démarquer en travaillant bien. On n’a pas droit à l’erreur, sinon on ne se fera plus engager. » Tous deux travaillent pour des boîtes de production montréalaises.

Le directeur du Département de cinéma de l’UQAM, Denis Chouinard, est sûr de voir les futurs réalisateurs connaître du succès. Il assure qu’il est plus facile de lancer sa carrière aujourd’hui qu’à l’époque de Denis Villeneuve. « Le matériel était très peu accessible. Ça coûtait cher et on tournait avec de la pellicule », souligne-t-il en évoquant le processus onéreux du développement de la pellicule.

Selon M. Chouinard, la démocratisation des technologies et l’essor d’Internet ont énormément contribué à faciliter les débuts des jeunes cinéastes. « L’argent n’est plus un obstacle pour produire des films, affirme-t-il. Si tu as une idée et que tu sais comment l’exploiter sans trop de fonds, tu peux faire circuler ton œuvre très facilement sur Internet après l’avoir montée avec des logiciels de montage sur un ordinateur personnel. »

D’ailleurs, étudier le cinéma avec une petite cohorte qui se suit tout au long du baccalauréat représente pour lui « l’effet magique de l’UQAM ». « C’est un point de départ pour se bâtir une petite famille avec laquelle tu vas travailler étroitement pour probablement longtemps », abonde Alec Pronovost.

Bien qu’il soit persuadé de l’importance d’Internet dans la diffusion des œuvres des jeunes finissants, Denis Chouinard croit que le modèle du sociofinancement n’est pas viable. Même si des films comme Kung Fury ou Veronica Mars ont récolté plusieurs centaines de milliers de dollars en financement populaire, le sociofinancement ne serait pas une garantie de succès.

Le parcours le plus accessible, selon Geoffrey Dallaire-Gagné, passe par un chemin précis. « Il ne faut jamais sous-estimer les festivals, petits et grands. Ils aident à se faire remarquer et ajoutent du poids aux futures demandes de subvention », croit l’étudiant.

Denis Chouinard entrevoit aussi de meilleures perspectives d’avenir pour les jeunes cinéastes. « On peut envoyer ses films à plusieurs festivals internationaux sans frais grâce à Internet », explique-t-il.

Au cours de la troisième année de leur baccalauréat, les étudiants en cinéma de l’UQAM sont préparés à faire carrière dans un cours où ils rencontrent des acteurs du milieu et des représentants d’organismes gouvernementaux comme la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) ou le Conseil des arts du Canada.

Denis Villeneuve, à peine revenu à Montréal, confirme qu’il n’a rien perdu de son goût de la rédaction. Il entame d’ailleurs son prochain projet, le film Dune, inspiré du roman de Frank Herbert.

Le cinéaste québécois est conscient de la réalité du milieu, si bien qu’il y est allé d’un message d’encouragement aux étudiants en cinéma. « L’objectif, ce n’est pas d’aller à Hollywood. L’objectif, c’est d’arriver à faire les films qui nous sont propres. Moi, comme cinéaste, le type de films que j’avais envie de faire ressemble plus à celui qu’on pratique au sud de la frontière, mais il y a tout un cinéma important qui doit être fait, a-t-il dit. J’espère que les finissants de l’UQAM vont avoir la chance de faire leurs films », a lancé le cinéaste à l’auditoire.

 

photo: ALEXIS AUBIN
Denis Villeneuve, docteur honoris causa de l’UQAM

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