À la uneSociétéInformer par le rire

Maude Petel-Légaré9 décembre 20173 min

Le bar est plein à craquer. C’est dimanche après-midi. Une foule attend dehors depuis une heure, même s’il pleut. Majoritairement jeunes, ils souhaitent assister à leur émission satirique préférée. L’émission débute. Chacun leur tour, les chroniqueurs lancent des blagues pour se moquer de la politique. Teintée d’ironie, cette émission assume, malgré elle, un rôle informatif pour son public.

Dans mon entourage, plusieurs ont commencé à s’intéresser à la politique grâce à l’humour. La forme ironique utilisée dans les émissions satiriques leur ont permis de remettre en question les rapports de pouvoirs dans la société. « Avec les générations plus jeunes, parce que les médias se transforment, je pense qu’il y a des gens qui s’informent en partie avec l’humour d’actualité, comme on fait avec “La soirée est encore jeune” », explique l’un des chroniqueurs de l’émission, Fred Savard.

Cette tendance à s’informer par le véhicule de l’humour n’est pas nouvelle. Selon une enquête menée aux États-Unis en 2012 par le Pew Research Center for People and the Press, la majorité des Américains de 18 à 30 ans s’informent en écoutant des émissions satiriques. L’humour peut être une alternative pour rester au courant de l’actualité pour les gens qui se sentent désabusés par les médias d’information traditionnels. Ces derniers peuvent rester à l’affût des dernières tendances et de l’actualité politique, mais d’une façon un peu plus ludique.

Manque de neutralité

Bien que l’humour permet de remettre sur la table certains débats et de faire avancer la société, il reste que ce moyen de transmission est dénaturé par les points de vue des locuteurs. Il y a une différence cruciale entre l’opinion et les faits. En tant que journaliste, je dois traiter la nouvelle avec apolitisme. Je ne peux pas me permettre de la juger publiquement. J’ai un devoir de neutralité.

Par ce devoir d’impartialité, je dois exposer les divers aspects d’une nouvelle. Le lecteur a devant lui toutes les pièces du casse-tête et peut par la suite juger l’information par lui-même. Pour ce qui est de la satire, bien qu’elle vise aussi à exposer les faits, son traitement est bien différent. La prise de position est une partie intégrante de l’humour.

Aujourd’hui, avec la désinformation et le manque de confiance envers les médias traditionnels, il est crucial de faire preuve de rigueur dans le domaine de l’information. Dans une nouvelle, chaque mot a sa place, et le journaliste doit montrer au lecteur tous les revers de la médaille. Si je m’informais uniquement par l’humour d’actualité, je ne serais pas en mesure de critiquer par moi-même l’évènement, car la nouvelle est déjà teintée d’opinion.

Mais pour certains, ce droit à l’émotion permet de sensibiliser davantage le public à la nouvelle. « En tant que caricaturiste, j’ai un avantage extraordinaire. Quand je fais parler Couillard, par exemple, je ne prétends pas que ce que je mets dans la bulle, il l’a réellement dit. Je l’invente. Alors que le journaliste, il doit toujours tout mettre entre guillemets, il doit toujours citer », explique le caricaturiste du Soleil, André-Philippe Côté. Pour lui, il est important de s’informer avec des médias traditionnels, « mais on a besoin de l’humour pour prendre une distance par rapport aux évènements ».

Les émissions satiriques font découvrir à un plus large public les événements politiques avec une touche humoristique. Même si la satire m’apporte une vision inédite d’un fait marquant qui permet une réflexion sur le sujet,  il  faut toutefois être en mesure de différencier la nouvelle de l’humour d’actualité pour ne pas tomber dans l’opinion.

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