À la uneSociétéApprendre à aimer l’hiver

Zoé Bellehumeur21 novembre 20174 min

Se connaître soi-même comme population nordique québécoise, accepter la saison hivernale et mettre en commun l’ensemble du monde froid : le Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord à l’UQAM promeut une meilleure compréhension du monde polaire.

« On est la grande ville la plus froide au monde et on ne s’en rend pas compte! On est dans le déni », expose le titulaire du Laboratoire, Daniel Chartier. Le Laboratoire accueille, jusqu’en 2020, la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, que le professeur qualifie d’être le plus grand centre d’expertise de ces trois piliers au monde. « Si vous n’aimez pas l’hiver, vous allez être malheureux toute votre vie pendant une saison entière. C’est un déficit du bonheur », tranche-t-il.

Selon le professeur Daniel Chartier, l’hiver fait partie intégrante de l’identité québécoise. Alors que la saison froide revient s’installer chaque année, très peu de recherches ont été faites sur le sujet. « Par exemple, il n’y a pas de rapport sur la santé et l’hiver », constate-t-il.

Le manque d’études sur l’hiver, l’Arctique et le Nord l’a poussé à fonder le Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord en 2003 et la Chaire de recherche en 2015. Son but premier est de comparer le Québec avec des pays qui lui ressemblent, en voulant mettre de l’avant la zone circumpolaire, soit celle autour du pôle Nord. « On compare beaucoup le Canada avec les États-Unis et la France. Pour moi, c’est limité », explique Daniel Chartier.

Partage nordique  

Le professeur souhaite comparer le Québec avec les pays nordiques dans les recherches de la Chaire, mais aussi lors de conférences organisées par celle-ci. « Le Québec est beaucoup comme le Groenland », réfléchit l’auteure groenlandaise Niviaq Korneliussen, lors d’une de ces conférences qui s’est tenue le 20 novembre à l’UQAM. Elle explique que la province francophone et son propre pays se ressemblent à l’échelle du climat, mais également en ce qui a trait aux dialectes groenlandais et québécois, tous deux menacés par une population majoritaire, soit celles du Danemark et du Canada anglais.

Niviaq Korneliussen s’est envolée vers le Québec pour parler de son livre Homo sapienne, abordant les identités féministes et queer du Groenland, et pour lire quelques extraits en groenlandais, en danois et en anglais devant des étudiants de l’UQAM. L’auteure vit dans un petit village au sud du Groenland, Nanortalik, une commune entourée de montagnes enneigées qui font partie des contes groenlandais.

Elle illustre dans son roman des opinions politiques qui ont toujours été gardées sous silence au Groenland, mais qui rejoignent plusieurs jeunes du pays constitutif. La jeune femme exprime entre autres la difficulté des Groenlandais à s’afficher librement sur leur identité nationale. Certains d’entre eux doivent s’identifier secrètement en tant que Danois, puisque c’est mal vu dans ce pays.

Étudier le froid

À l’UQAM, le laboratoire offre deux cours sur l’imaginaire du Nord dans le cadre du baccalauréat en études littéraires. Plusieurs étudiants issus de différentes facultés peuvent également y faire leur thèse et leur doctorat, passant du programme des sciences de l’environnement à la communication internationale.

Les étudiants des cycles supérieurs sont poussés à aller étudier dans des pays nordiques pour enrichir leurs études. Le laboratoire travaille également avec des étudiants à l’international, notamment en Norvège, en Finlande et au Danemark, qui viennent spécialement à Montréal pour cette Chaire unique.

Étudiante à la maîtrise en étude littéraire sous la direction de la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique, Marianne La Haye soutient que son mémoire aurait été difficilement réalisable sans cette Chaire, puisqu’elle étudie la représentation de l’hiver dans la littérature québécoise. « La grande majorité des festivals et des évènements à Montréal se passent en été, alors que c’est une saison bien courte. Qu’est-ce que cela dit sur notre conception de l’hiver? », avance-t-elle.

« Les après-midis sont noirs, utilisons-les comme une salle de théâtre. Rendons l’hiver positif », lance Daniel Chartier, qui voit l’hiver comme une saison calme et tranquille qui se vit surtout à l’intérieur, chez soi.  

 

photo: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

Vue aérienne sur le Groenland

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