À la uneCultureLa perfection, à un défaut près

Félix Pedneault19 novembre 20173 min

SÉRIE | Vue sur les RIDM

Beau, talentueux, charismatique, discipliné et riche, voilà le portrait idéal pour quiconque recherche la gloire à tout prix. Le violoniste anglais Charlie Siem incarne ce modèle et mène un train de vie somptueux, qui cache cependant ses insécurités et ses travers. Eva Mulvad nous fait découvrir ce personnage dans A Modern Man, son plus récent documentaire.

Charlie Siem joue du violon chaque jour. Il vit au rythme d’une routine calculée au quart de tour. Dès le réveil, il s’entraîne, joue du violon, suit une alimentation stricte et garde la forme en consommant des capsules de vitamines.

Muni du d’Egville, son Guarneri 1735, le musicien envoûte le spectateur tout au long du film au son de mélodies tantôt rageuses, tantôt mélancoliques. « Ça va faire de moi le surhomme que je veux devenir », dit-il fièrement en présentant à la caméra une pléthore de bouteilles de médicaments.

A Modern Man est un film complet avec des scènes réflexives, comiques, touchantes, des dialogues authentiques et des plans originaux. Pour réaliser le documentaire, Eva Mulvad a suivi Charlie Siem pendant quatre ans dans ses nombreux concerts à travers le monde en plus de l’accompagner dans son quotidien. La réalisatrice a voulu comprendre la réalité de cet homme, qui est à la fois un mannequin et un soliste talentueux.

« Je n’ai pas vraiment d’amis. En fait, je n’en ai pas du tout », affirme le violoniste sans détour, très lucide vis-à-vis les nombreuses carences sociales qu’il éprouve. Obnubilé par l’image qu’il projette, rigoureux comme jamais, Charlie Siem est un homme pourtant très intelligent et qui semble analyser avec beaucoup de maturité, à seulement 30 ans, les nombreux problèmes dans sa vie.

En 84 minutes, que ce soit à Shanghaï ou dans sa villa huppée de Monaco, le musicien réfléchit à son incapacité à se trouver une compagne, à l’anxiété qui le ronge, au besoin viscéral qu’il a de connaître un succès aussi retentissant que son père, un brillant homme d’affaires, et à la célébrité qu’il veut embrasser à tout prix.

« Peut-être que je serais plus heureux si je ne pensais pas juste à moi », lance-t-il à voix haute, alors qu’on le retrouve plus tard penché sur son compte Instagram qu’il nourrit régulièrement de ses photos d’agences de mannequinat ou de couvertures de magazines.

Eva Mulvad propose un intéressant saut dans le milieu sélectif et pointilleux de la musique classique, en plus d’offrir un portrait complet et puissant d’un homme qui, bien qu’il inspire arrogance et suffisance au début du film, apparaît par la suite comme fragile et anxieux.

« Ce film devrait être un miroir de nos propres ambitions », raconte Mme Mulvad à l’audience après la projection. Cette réflexion résonne particulièrement lorsque Charlie Siem est filmé seul, alors qu’un orage rugit dehors, dans son immense appartement vide de Florence.

« C’est Charlie qui a insisté pour choisir toutes les pièces qui joueraient dans le film », dit Eva Mulvad avec amusement. On ne comprenait pas la différence entre une pièce et une autre, mais pour lui c’était important. C’est son apport au film. Je ne voulais pas que ce soit une publicité pour lui et je l’avais prévenu avant le début du tournage », ajoute-t-elle pour expliquer la profonde expérience qu’elle a vécue avec lui.

Très axé sur le cinéma-vérité, le film reste néanmoins assez décousu, puisque les séquences des quatre ans de tournage n’ont pas été montées de façon chronologique. La réalisatrice passe d’un thème à un autre sans grande mise en contexte, ce qui n’aide pas à situer le personnage de Charlie Siem dans le temps. Cela n’empêche pas de goûter à la profondeur du portrait qui est dressé avec sagesse et sensibilité par Eva Mulvad.

 

photo: GRACIEUSETÉ RIDM

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