Corinne Gendron: un tour de plus, une chaire en moins

23 octobre 2017  Par Laurent Lavoie
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Corinne Gendron voit d’un très bon oeil sa participation au troisième tour de la course au rectorat. Confiante en ses positions, elle maintient le cap sur les enjeux majeurs et fait le point sur le non-renouvellement de la chaire dont elle est titulaire. Entrevue.

Vous avez décidé de vous présenter pour une seconde fois.  Qu’avez-vous appris de la première course ?

La première course a été l’occasion de saisir les grands enjeux qui nous animaient.  Elle a été intéressante pour faire une sorte de diagnostic de l’état des lieux de la communauté. J’ai rencontré beaucoup de facultés, beaucoup de départements. Après la course, comme j’avais déjà annoncé que j’allais me représenter, j’ai décidé de faire le tour des services de l’UQAM, que ce soit la bibliothèque, l’audiovisuel, le service du personnel enseignant. Certains, ça n’a pas été possible. J’ai pu prendre le pouls de l’engagement, surtout des cadres et des employés, vis-à-vis du succès de l’UQAM.

Les cadres ont vraiment penché en faveur de Luc-Alain Giraldeau durant la dernière course. Comment comptez-vous renverser la vapeur ?

Les cadres ne me connaissaient pas. Je n’avais pas de fonction de doyenne, où j’aurais pu entrer en contact de façon continue avec eux. Ils connaissaient M. Giraldeau, qui avait cette ambition de devenir recteur depuis un certain temps. Il avait eu l’occasion d’interagir avec les services. Je suis arrivée dans la course sans ce réseau de relations; je connais quelques cadres des services de la recherche, avec lesquelles j’ai été amené à interagir un peu plus. Il va de soi que la seule rencontre qui est prévue dans le cadre de la campagne est la rencontre avec l’Association des cadres, rencontre durant laquelle on se présente pendant 30 à 40 minutes. Ce n’est pas suffisant pour vraiment montrer qui on est.

Considérant le résultat de la dernière course, est-ce que le processus de sélection devrait être revu ?

C’est vrai que dans la course actuelle, du fait que les résultats étaient assez serrés, nous nous sommes intéressés plus au processus et il a été mis à l’épreuve. C’est effectivement un processus qui peut être revu. Le syndicat des employés n’a qu’un vote pour représenter les employés. Les chargés de cours en ont un par département, alors qu’il peut y avoir différentes visions des candidatures au rectorat. Est-ce que ce serait plus intéressant d’avoir une représentation plus importante ? C’est un processus qui mérite réflexion. Il y a peut-être des dossiers plus importants, mais il ne faudra pas l’oublier.

Vous vous représentez à nouveau, donc vous avez nécessairement confiance en vos positions. Mais est-ce qu’on peut s’attendre à des changements, au niveau de la décentralisation des pouvoirs par exemple ?

Pour la décentralisation, je pense que j’ai été claire, c’est-à-dire qu’on a un certain niveau de décentralisation avec les facultés avec lesquelles on peut fonctionner et je ne souhaite pas poursuivre cette décentralisation. On est à un point où on peut s’arrêter là. J’ai l’impression que les prérogatives des départements méritent d’être réaffirmées. Il y beaucoup de ressources qui ont été retirées au sein des départements en raison des compressions. Il faut clarifier l’imbrication des départements au sein des facultés, parce qu’il y a un flou et ça suscite des tensions.

Est-ce qu’on devrait travailler sur l’autonomie et l’indépendance de l’École des sciences de la gestion (ESG)?

L’autonomie était un moyen pour régler certains problèmes. C’est un moyen qui est assez passif. Je vais proposer une feuille de route à l’ESG où on s’attaque aux principaux problèmes. On doit remplacer cette culture de la confrontation par une culture de la coopération. L’ESG dans l’UQAM est plus forte et l’UQAM dans l’ESG est plus forte. On a une multidisciplinarité qui est probablement plus grande qu’au sein des HEC, par exemple.

Maintenant, abordons le dossier la Chaire de développement durable et de responsabilité sociale, qui n’a pas été renouvelée, tel qu’annoncé dans le plus récent rapport annuel sur l’état des chaires de recherche-innovation. Qu’est-ce qui explique cette décision de l’administration ?

Il y a une politique qui statue que les chaires d’innovation doivent amasser un financement de 100 000 $ par année, pendant 5 ans. Ce financement, nous n’avons pas pu le réunir. Je regrette simplement qu’on n’ait pas attendu la campagne majeure de la Fondation de l’UQAM, parce que si on avait présenté la chaire aux donateurs, on aurait pu refinancer la chaire.

C’est une décision que je regrette, mais c’est l’application de la politique 10. On peut dire que cette politique serait à revoir. Je vais continuer les activités, mais on n’aura plus l’intitulé de cette chaire, qui avait beaucoup de notoriété.

À quels types d’activité les dépenses de la chaire étaient-elles attribuées  au cours des dernières années ?

Les financements étaient ad hoc (autofinancement), donc je n’avais pas de financement d’infrastructures. Pour le colloque aux Entretiens Jacques-Cartier que nous avons organisé cette fois-ci, nous avons profité d’un financement de la faculté de l’ESG et d’un soutien de mon département. Au printemps dernier, nous avons organisé un colloque sur la transition énergétique. Encore une fois, nous sommes allés chercher un financement.

Si nous avions à comparer la gouvernance de Robert Proulx et la gouvernance de Corinne Gendron, quelles différences pourrions-nous observer ?

Je serai une rectrice très présente sur la scène publique, je veux vraiment promouvoir l’UQAM sur la scène extérieure, montrer à quel point on a des facettes d’excellence, être beaucoup plus présente que l’administration précédente. Ça a été rendu difficile pour cette administration en raison des compressions. Normalement, les compressions sont derrière nous. On a un budget à l’équilibre. Il faut faire le bilan de ce que ça nous a coûté. Nous pouvons désormais repenser la croissance de l’UQAM.

Vous aspirez à être la troisième femme rectrice, à la tête l’UQAM, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Je pense que c’est un signe des temps. Les femmes peuvent diriger des institutions de savoir et le fait qu’on soit deux femmes et qu’il y avait déjà une autre femme candidate avant, c’est tout à fait révélateur des progrès que notre société a accomplis quant à la place de femmes dans les postes de direction. Que ce soit naturel qu’une femme puisse se présenter, je pense que c’est très intéressant.

photo: SARAH XENOS MONTRÉAL CAMPUS






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